La synthèse Cochrane favorable au vaccin HPV épinglé par des chercheurs du groupe Cochrane !

Au mois de mai 2018 sortait la fameuse synthèse et méta-analyse de la collaboration Cochrane, connue pour l’excellence de ses travaux1.

J’en parlais dans un article il y a peu, mais la collaboration Cochrane possède une charte éthique et scientifique rigoureuse qui lui permet de publier des méta-analyses très poussées, fines, en toute indépendance.

Autrement dit, des résultats très crédibles qui permettent de se faire un avis assez objectivement.

Mais, même si la collaboration Cochrane prend toutes les précautions pour être audible et crédible, elle n’est pas à l’abri d’erreurs. Justement, sa dernière méta-analyse favorable à la vaccination anti-HPV contre le cancer du col de l’utérus a été récemment critiquée par des auteurs… de la collaboration Cochrane !

La synthèse qui ne passe pas !

Pour comprendre, il faut revenir en mai. Trois auteurs publient une méta-analyse sur les avantages et les inconvénients de la vaccination contre le cancer du col, qui fait l’objet d’un intense débat scientifique et éthique.

Cette publication confirme l’intérêt de la vaccination contre les lésions précancéreuses, sans avoir encore de preuve concernant les cancers.

Autre point sensible, les effets secondaires. La méta-analyse conclut à l’absence d’effet secondaire. Un point rassurant qui pourrait d’une certaine manière clore le débat sur les dangers supposés de ce vaccin.

Sauf que cette conclusion serait partiale et fortement biaisée selon une récente étude publiée dans “Evidence Based Medicine Analysis : Primary care”, écrite par deux membres de la collaboration Cochrane, Lars Jørgensen et Peter C Gøtzsche, et Tom Jefferson de l’université d’Oxford au Royaume-Uni2.

3 pages de reproches, mais qui disent quoi exactement ?

1. Toutes les études n’ont pas été prises en compte

La méta-analyse du groupe Cochrane a raté pratiquement la moitié des essais cliniques disponibles pendant le travail d’analyse de rédaction.

Les auteurs n’auraient pas suffisamment cherché dans la base d’essai clinique “ClinicalTrials.gov” américaine. Bilan des courses, l’étude manque d’exhaustivité.

2. L’utilisation d’un faux placebo

C’est une critique que j’avais faite depuis le départ. Mais les groupes “témoin” censés recevoir une solution saline sans aluminium ont en réalité reçu une solution saline avec de l’aluminium.

Les auteurs de la critique estiment que ce point est rédhibitoire pour l’évaluation des effets secondaires et craignent, à juste titre, que les fabricants aient eu peur des effets secondaires à cause de cet adjuvant.

Là où les auteurs de cette critique pestent le plus, c’est dans l’écriture de la publication qui omet de détailler ce point, pourtant capital en science. Comment peut-on se targuer de comparer objectivement et honnêtement les effets secondaires d’un vaccin, et notamment de ces adjuvants, si dès le départ on rend impossible cette comparaison ?

3. Omission de données et manque de recul

Plus graves, Lars Jørgensen, Peter C Gøtzsche, et Tom Jefferson démontrent preuve à l’appui que des données publiées dans les essais cliniques ont été à la fois écartées par les fabricants du vaccin, mais également par les auteurs de la synthèse Cochrane.

Premier exemple, avec l’absence de cas de cancer du col dans les 26 études analysées, alors que dans l’analyse rigoureuse des données, on retrouve deux cas de cancer du col dans le groupe vacciné, contre aucun cas dans le groupe non vacciné.

Deuxième exemple avec la notification des effets secondaires. De nombreux essais cliniques n’ont notifié que les 2/3 des effets secondaires dans les études, et n’ont pas suivi les jeunes filles durant toute la période d’essai pour collecter les effets indésirables qui surviendraient.

Sur les 4 années de suivi des jeunes filles vaccinées, seuls les 14 premiers jours ont été utilisés pour notifier les évènements indésirables.

Autre critique : les auteurs de la synthèse Cochrane n’ont pas clairement défini ce qu’étaient les effets secondaires graves et n’ont pas précisé ceux qui étaient les plus fréquents dans le groupe vacciné.

Les auteurs ont, volontairement ou non, omis d’utiliser l’un des essais cliniques qui montraient une augmentation du risque d’effets indésirables graves dans leur analyse, concluant à l’absence d’effet secondaire.

Autre point éloquent : il y a plus de morts dans le groupe vacciné que dans l’autre. Mais les auteurs de la collaboration Cochrane ont balayé ce fait, quand bien même nous sommes dans le cadre d’un essai clinique randomisé, qui peut donc tirer des relations de cause à effet…

4. Manque d’indépendance des études et des auteurs

Toutes les études utilisées dans cette synthèse ont été financées par l’industrie pharmaceutique. Un point majeur qui n’a pas été clairement souligné dans l’étude Cochrane, alors que cela accroît fortement le risque de biais.

On le sait, c’est malheureux.

Pire, mais la plupart des personnes en charge d’écrire le protocole d’étude, ou la marche à suivre pour faire cette synthèse, avaient des liens financiers avec l’industrie pharmaceutique qui commercialise des vaccins anti-HPV

Parmi les 4 auteurs de la méta-analyse, seulement 1 seul est indépendant de l’industrie pharmaceutique, ce qui est contraire aux principes d’indépendance de la collaboration.

Parmi les 3 auteurs en situation de conflit d’intérêts, le premier auteur de cette méta-analyse est également le leader d’un réseau de surveillance post-marketing de la vaccination HPV en Europe, un réseau financé par Sanofi Pasteur MSD, qui est l’un des fabricants du Gardasil.

Conclusions

Je m’étonne de voir dans cette méta-analyse de la collaboration Cochrane autant d’approximations, d’omissions et de certains mensonges de la part des auteurs.

Je remarque que les fondements de la collaboration ont été légèrement, et c’est peu dire, bafoué par un manque de transparence dans l’acquisition des données et dans la qualité de l’étude.

Les auteurs de la critique qui ont rédigé de nombreuses méta-analyses pour la collaboration Cochrane invitent les auteurs à reprendre leur analyse en corrigeant les nombreuses erreurs qui ont été relevées.

Pour ma part, je pense que de nouveaux auteurs, et un nouveau protocole devraient être mis en place par des personnalités scientifiques indépendantes, comme le veut la Collaboration.

D’autre part, comment peut-on encore accepter que l’on compare des groupes avec de faux placebos. Comment accorder sa confiance dans un vaccin qui se soustrait aux règles élémentaires de base pour l’évaluation, déjà très sympathique, des effets secondaires.

Finalement, les résultats les plus récents et les plus longs concernant l’efficacité du vaccin sont plus que modestes pour ne pas dire nul. Les auteurs sont dans une certaine impossibilité de tirer des conclusions.


Références

1. Arbyn, M., Bryant, A., Beutels, P., Martin-Hirsch, P. P., Paraskevaidis, E., Van Hoof, E., … & Kaufmann, A. (2011). Prophylactic vaccination against human papillomaviruses to prevent cervical cancer and its precursors. The Cochrane database of systematic reviews, 2011(4).

2. Jørgensen, L., Gøtzsche, P. C., & Jefferson, T. (2018). The Cochrane HPV vaccine review was incomplete and ignored important evidence of bias. BMJ Evidence-Based Medicine, bmjebm-2018.