Que valent les croquettes spéciales “race” ? Votre Rottweiler ou votre Beagle mérite-t-il une croquette spécialement conçue pour lui, pour ses besoins ? Des marques internationales tentent de nous le faire croire, mais l’analyse objective des ingrédients, et des allégations santé ne permet pas de donner un avantage à ces croquettes-là.

Une race = une croquette ?

C’est loin d’être une nouveauté, mais c’est un sujet que je n’avais encore jamais traité officiellement. Certaines marques de croquettes pour chien ou chat proposent des produits conçus spécialement pour une race. Ces marques-là affirment clairement connaître les besoins spécifiques de nombreuses races, en proposant des ingrédients particuliers ou bien des concentrations précises en micronutriments pour convenir aux besoins de la race.

Si nos connaissances sur la biologie et la physiologie des chiens et des chats sont en constante amélioration, est-on réellement capable d’identifier les besoins très particuliers de certaines races de chiens ou de chats ?

Finalement, peut-on faire confiance aux produits estampillés “spéciales races” pour nos animaux domestiques ? Sont-ils réellement différents les uns des autres ?

Voilà les questions de cette enquête sur un sujet qui ne laisse personne indifférent. En tout cas, certains groupes de réflexions n’y vont pas par quatre chemins et balayent du revers de la main l’utilité de ces croquettes. Il n’y aurait pas besoin de telle spécificité en fonction des races, mais c’est bien le choix d’ingrédients de qualité qui doit primer, peu importe la race, l’âge, ou la taille.

Royal Canin, une référence des croquettes spéciales “race”

Sans surprise, Royal Canin propose des croquettes spécialement créées pour des races de chiens et de chats. Sur leur site internet, la marque nous indique ceci :

“il est possible de formuler des aliments en fonction de besoins bien identifiés, de carences bien répertoriées contre lesquelles il faut lutter, de spécificités raciales découvertes au fur et à mesure du progrès des recherches. Les scientifiques et les professionnels des animaux reconnaissent maintenant que les chiens ne doivent pas être nourris de la même manière selon qu’ils sont chiots, adultes ou matures, et selon qu’ils sont petits, moyens, grands ou géants.”

Sans le dire explicitement, la marque parle bien entendu des différentes races. Un fait clairement dit pour les chats, notez par vous même :

“Pour les chats, on sait aussi faire la différence des besoins nutritionnels selon l’âge, mais également selon le mode de vie, les sensibilités, le statut sexuel et même la race (Persans, Maine coon, Siamois…)”

L’idée de base est plus que louable : s’adapter aux particularités pour éviter certaines maladies, pathologies ou s’adapter à certaines morphologies.

25 croquettes “spéciales races” passées aux cribles !

Boxer, Bulldog, Labrador, Bichon frisé, Cocker, Rottweiler ou encore un Shih Tzu… Royal Canin propose au moins 23 produits pour chien de race. Certaines croquettes sont même “exclusives” et spécialement conçues pour la mâchoire “brachycéphale” de certaines races comme le Bulldog ou le Shih Tzu.

Bon, commençons. La première chose à dire sur ces croquettes spéciales “race”, c’est qu’il n’y a pas une spécificité des ingrédients si flagrante que ça. J’ai fait une analyse des cinq premiers ingrédients des 25 produits (ce sont les ingrédients majoritaires, les plus importants) et voici ce qu’on peut en dire :

  1. Sur les 125 ingrédients (5 ingrédients x 25 produits) utilisés, 86% sont représentés par du riz blanc, des protéines de volaille déshydratées, du maïs et de la farine de maïs, de la graisse animale (découvrez ici pourquoi il faut se méfier de ce produit) et de l’isolat de protéines végétales.
  2. Sur les 125 ingrédients toujours, seulement deux sont de qualité. À savoir des oeufs déshydratés (mais seulement une occurrence, donc 0,8%), et de la viande de porc déshydratée (mais seulement deux occurrences, donc 1,6%). Des ingrédients qui restent très marginaux, anecdotiques.
  3. Peut-être plus intéressant encore, mais si l’on prend en compte que les deux premiers ingrédients des croquettes, nous avons soit du riz, du maïs en grain ou en farine et des protéines de volaille déshydratées qui composent 90% des ingrédients totaux.

Du coup, point de vue de la diversité des ingrédients afin d’hypothétiquement s’adapter aux différentes races, on peut facilement faire mieux. Et je n’ose faire une critique sur la “qualité” des ingrédients principaux. Mais on parle bien de graisse animale non identifiée, et donc douteuse, mais également de protéines animales plus ou moins identifiées, de riz blanc pauvre en nutriments, ou encore d’un isolat de protéines végétales mystérieux… Des croquettes qui n’ont pas volé une très mauvaise note au passage, mais ce n’est qu’un détail !

Dans cette réflexion sur ces croquettes spéciales race, plusieurs croquettes sortent un peu du lot, dont celles destinées aux Bulldogs et aux Shih Tzu, des races qui semblent quand même bien différentes, non ?

Bulldogs et Shih Tzu, quelles particularités alimentaires ?

Malgré les différences évidentes de taille, de poids, de morphologie et donc, a priori, des besoins, nous retrouvons exactement les mêmes ingrédients jusqu’à la 5ème position ! Donc la quasi-totalité de la croquette.

Mais soit, les différences sont peut-être ailleurs ? Le fabricant nous donne les quantités en différentes vitamines, minéraux et autres éléments traces (comme le sélénium). Si on les compare, on se rend compte que les différences sont bien souvent ridiculement faibles et parfois inexistantes.

Par exemple, la croquette destinée au Bulldog contiendra 3% de vitamine A de plus que celle pour le Shih Tzu. On est dans le même ordre de grandeur pour le reste. 4% de différence en fer et en iode, et rendez-vous compte des chiffres dans le tableau que je vous présente. 3% de différence en manganèse, 2% en zinc ou encore 9% en sélénium. La plus grosse différence est au niveau du cuivre, avec 10 mg pour un Shih Tzu alors qu’il n’en faut que 7 mg pour le Bulldog.

On s’étonne de cette précision dans les apports en vitamines et en minéraux entre ces deux races de chien. Mais le plus intéressant, c’est de lire les arguments marketing pour chaque croquette sur le site du fabricant.

Car si les deux croquettes sont étrangement très proches, les fabricants ne trouvent pas les mêmes bienfaits entre les deux produits. Par exemple, la formule utilisée pour les croquettes destinées au Bulldog permet une “réduction des odeurs des selles” selon Royal Canin. Intéressant, car celles destinées au Shih Tzu permettent de contrôler les odeurs désagréables ET le volume des selles, sans plus d’explication que ça et avec quasiment autant de fibres d’un côté comme de l’autre (3 et 2,7%).

Mais on n’est pas au bout de nos surprises. Selon Royal Canin, les croquettes pour Shih Tzu permettent de maintenir une bonne santé de la peau et du pelage du chien. Voici le texte qui accompagne l’allégation santé :

“SHIH TZU ADULT aide à soutenir le rôle « barrière» de la peau (complexe exclusif), à maintenir une peau saine (EPA et DHA, vitamine A) et à nourrir le pelage. Enrichi en huile de bourrache.”

Moins de chance pour les croquettes spéciales Bulldog puisqu’elles ne participeraient qu’au maintien d’une bonne santé de la peau, le pelage, lui, disparaît.

Avec l’allégation qui va bien :

“Cette formule aide à soutenir le rôle « barrière » de la peau (complexe exclusif) et à maintenir une peau saine (EPA & DHA).”

Notez bien que les croquettes pour Bulldog contiennent pourtant 3% de vitamine A en plus, mais cette mention disparaît. Tout porte à croire que cette différence serait le résultat de l’huile de bourrache, judicieusement annoncée par le fabricant. Une huile de bourrache présente à hauteur de 0,1% dans la croquette pour Shih Tzu.

Ensuite, l’une profiterait à la santé ostéo-articulaire (Bulldog) et pas l’autre (Shih Tzu), grâce notamment à un enrichissement en EPA et DHA, deux acides gras polyinsaturés. Et c’est vrai ! La première croquette contient 4g/kg d’EPA et DHA, contre seulement 3g/kg pour la seconde. 1 g par kilo en moins n’est plus protecteur pour les os et les articulations ?

Que dire des croquettes pour Beagle et Golden Retriever ?

Ces deux croquettes destinées à deux races différentes ont pourtant les cinq premiers ingrédients identiques, comme dans l’exemple précédent. Comme dit plus haut, les différences entre certains éléments interrogent. Seulement 1,8% de différence en manganèse, ou 2,4% en fer. 10% de différence en sélénium, 12% en vitamine A et D.

Là encore, il y a des bizarreries dans la liste des avantages respectifs. Quand bien même les deux croquettes contiennent des acides gras EPA et DHA (3 et 4,1 g/kg) et de l’huile de bourrache, les bienfaits pour la peau et le pelage ne sont mentionnés que pour les Golden Retriever, alors que les bienfaits ostéo-articulaires ne sont mentionnés que pour les Beagles. C’est à n’y rien comprendre !

Autre point, la forme spécifique des croquettes. Selon le fabricant, la croquette en étoile destinée au Beagle serait spécialement conçue pour “ralentir la vitesse d’ingestion et encourage la mastication“. Pourquoi pas. On se demande comment ils ont réellement testé ça, quels sont les résultats des éventuelles expériences…

Que dire de cette mention pour l’allégation “prise alimentaire maîtrisée” pour le Beagle :

“Cette formule contient également une association de fibres.”

Qu’est-ce qu’une association de fibres ? Les deux croquettes contiennent en tout cas le même pourcentage de cellulose brute, 3,7%. La différence est-elle ailleurs ? Pas sûr. On retrouve dans les deux cas des “fibres végétales” non identifiées et de la “pulpe de betterave”, un sous-produit de l’industrie de la betterave sucrière. On se demande bien à quoi correspond cette “association de fibres” qui permettrait au Beagle d’avoir “une prise alimentaire maîtrisée”. Bref.

Finalement, pour deux croquettes qui se ressemblent beaucoup, celle destinée au Golden Retriever contribuerait “au fonctionnement optimal du muscle cardiaque“, et participerait à lutter “contre le vieillissement cellulaire grâce à un puissant complexe d’antioxydants”.

Tout porte à croire que les 2,9 g de taurine ajoutés à la croquette pour Golden servent à justifier les allégations santé. 2,9 g pour le fonctionnement optimal du coeur… et qui ne serait pas nécessaire pour les Beagles ? Et encore moins spécifique aux Golden Retriever ? Là encore, difficile de comprendre le choix des ingrédients et les infimes variations entre les nutriments, qui permettent d’ajouter des allégations santé.

Mais Royal Canin nous offre d’autres exemples dont l’analyse apporte probablement plus de questions que de réponses…

Rottweiler versus Berger allemand ! Même combat !

Les cinq premiers ingrédients des croquettes pour ces deux races sont identiques, avec toutefois de la farine de maïs en dernière place pour le Berger allemand au lieu de maïs pour le Rottweiler.

D’après Royal Canin, les Bergers allemands souffrent d’une “sensibilité digestive” et auraient donc une croquette faite avec des ingrédients hyperdigestibles et une “sélection de fibres spécifiques”. Pourtant, à la lecture des ingrédients principaux et secondaires, les deux produits possèdent tous les deux des protéines “sélectionnées pour leur très haute digestibilité” (même si on ne parle que de l’isolat de protéines végétales), et des sources de fibres quasi identiques.

On retrouve des “fibres végétales” non identifiées dans les deux croquettes, et de la pulpe de betterave, exactement comme dans l’exemple précédent, mais cette fois c’est une “sélection” et non une “association”. Nuance…

On remarque pour une fois une cohérence entre deux croquettes très proche au niveau des acides gras EPA et DHA (4 et 5 g/kg) et la même allégation santé sur le “soutien ostéo-articulaire”. C’est rassurant. Mais malgré tout, seule la croquette pour Berger allemand bénéficie de la mention “santé de la peau et du pelage”, notamment grâce aux EPA et DHA, alors qu’il y a 20% de plus de EPA et DHA dans la croquette pour Rottweiler (5 g au lieu de 4 g) !

Autre bizarrerie concernant la forme des croquettes, mais la croquette destinée aux Bergers allemands, qui possède pourtant la même forme que celle destinée aux Beagles en étoile (mais plus “haute”), serait “exclusive” et “adaptée” à cette race de chien. Ah bon ?

Surprise également de l’autre côté, avec une croquette aux allures ma foi normale, mais qui serait spéciale pour les mâchoires de “molossoïde”. Une appellation unique, que l’on ne retrouve que pour les Rottweiler.

Des croquettes avec une forme spéciale pour chaque race ? Vraiment ?

D’ailleurs, voilà toutes les croquettes pour race proposées par Royal Canin. Avec les croquettes spéciales “brachycéphales”, “molosses” ou “miniatures” pour le chihuahua. On pourra noter les croquettes en étoiles pour trois races de chien, ou bien des croquettes étonnamment proches comme le croissant du Cocker et du Bouledogue français (pourtant spéciales “brachycéphales”). Que dire des croquettes spéciales Labrador, avec une forme unique !

Je me demande réellement pourquoi la croquette du Bichon maltais doit être rectangulaire, et celle du caniche plutôt carré et aplati.Je me demande aussi pourquoi la croquette pour le Dogue allemand doit être en forme de coquillage alors que celle du Golden Retriever est carrée avec les bords arrondis…

La forme étoilée des croquettes pour Beagle et Jack Russel seraient adaptés pour les deux races. Pourquoi ces deux races de chien là auraient-elles besoin de croquettes “étoilées”, et pas les autres ? On se demande où est la logique, ou si elle existe.

Que dire finalement des croquettes pour West Highland White Terrier qui ressemblent beaucoup à celles, pourtant spécifiques, destinées aux Cavaliers King Charles ? Un demi-millimètre de différence ? Soutenu par une étude scientifique ?

Les croquettes spéciales “races” valent-elles le coup ?

Que faut-il penser des croquettes “naturelles” comme celles fabriquées et vendues par la marque Amikinos ? Découvrez l’enquête dédiée à ces produits.

Au final, on pourrait se dire dans un élan de bienveillance que la marque Royal Canin fait des efforts pour s’adapter à la physiologie et à la morphologie de nombreuses races de chiens. Un effort discutable dans certains cas, avec des différences minimes ou parfois inexistantes, ou bien alors difficilement explicable rationnellement.

Je rejoins quelques parts les groupes d’analyses sur les réseaux sociaux qui invitent à vérifier la qualité de la croquette, peu importe ses allégations santé ou ses spécificités. Et là, malheureusement, je dois dire que les croquettes spéciales “race de chien” de Royal Canin n’invitent pas à l’extase. Comme je le disais au début de l’article, nous avons principalement des ingrédients que l’on aime pas trop dans sur ce blog, malgré la mention de “protéines sélectionnées pour leur très haute digestibilité”.

En moyenne les apports caloriques sous forme de glucides de ces croquettes sont de 38,3%, un pourcentage qui dépasse notre seuil de tolérance proche de 25%, et pouvant atteindre les 30% si on tire encore un peu plus sur la corde. Certaines croquettes atteignent plus de 45% d’apports caloriques sous forme de glucides, et là, ce n’est tout simplement pas acceptable compte tenu de la physiologie de ces carnivores domestiques.

Pour les protéines, les apports caloriques se placent en moyenne à 25%, rien de bien surprenant. Objectivement, 25% d’apports caloriques sous forme de protéines pourraient suffire si nous avions des protéines animales de qualité. Par protéines animales de qualité, j’entends des morceaux de viande identifiés ET déshydratés. Malheureusement, ce n’est pas le cas des croquettes analysées dans cet article.

Mais que les choses, les différentes races de chiens (et de chats aussi) ont bien des susceptibilités différentes, des maladies plus prononcées que d’autres et cela notamment à cause de la sélection humaine. Vous avez sur cet excellent site d’une clinique vétérinaire de très nombreux exemples sur les différentes pathologies que l’on retrouve plus fréquemment chez certaines races. C’est vraiment intéressant.

En ce qui concerne les cas de diabète de type 2 chez les chiens, qui représente une maladie de plus en plus préoccupante, nous savons d’après une étude publiée en 2007 que plusieurs races de chiens ont une incidence élevée de cette maladie1. Parmi les nombreuses étudiées par les auteurs de l’étude, on remarque que les West Highland White Terrier et les Beagles sont dans les 10 races les plus exposées, avec une incidence respective de 33 et 24 pour 10 000 chiens à risques et par an. Pourtant, les croquettes destinées aux Beagles contiennent 45,8% d’hydrates de carbone (en matière sèche), et celles destinées aux Terrier West Highland, 50,7%. Des chiffres incroyablement élevés et qui inviterait à plus de précautions, mais ce n’est que mon avis.

Voici des lectures complémentaires qui pourraient vous intéresser :

Découvrez l’ouvrage électronique de référenceCe poison nommé croquette” qui regroupe l’analyse de plus de 1000 références de croquettes et pâtées.

Une enquête édifiante et scandaleuse au coeur de l’industrie pet food, dans les écoles nationales vétérinaires, les centres d’équarissages, les élevages…


Références

1. Fall, T., Hamlin, H. H., Hedhammar, Å., Kämpe, O., & Egenvall, A. (2007). Diabetes mellitus in a population of 180,000 insured dogs: incidence, survival, and breed distribution. Journal of veterinary internal medicine, 21(6), 1209-1216.

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