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Dur à Avaler est un blog d'information sur la santé, la nutrition, l'univers du médicament et les conflits d'intérêts. Le blog est entièrement sans publicité pour faciliter la lecture des articles. Les articles sont le résultat d'une recherche scientifique minutieuse pour apporter des conseils et lancer des débats constructifs. Les article sont rédigés par Jérémy Anso, docteur en biologie et des auteurs invités pour des sujets particuliers. Le blog n'a pas vocation à remplacer le lien entre un patient et son professionnel de santé, mais bien de le renforcer par la confiance, la lecture critique des évidences scientifiques et le rendre plus transparent.


Rappels de la 1ère partie

Une première partie écrite il y a pratiquement deux ans sans jamais avoir fait la suite… il fallait oser ! Voilà que je vais corriger cet outrageux oubli. Il faut donc bien sûr se rappeler de cet article.

Dans mon premier billet, nous découvrions ensemble que Royal Canin est une marque très bien vue par les maîtres et les vétérinaires.

Elles bénéficient d’une bonne image de marque qui n’est pas due au hasard puisqu’elle travaille de concert avec les vétérinaires, les éleveurs, les maîtres et les centres canins et félins pour asseoir une notoriété… et une autorité.

Nous l’avons également vue, mais Royal Canin finance quelques journaux scientifiques pour produire des études, et se retrouve dans la plupart des comités scientifiques sur la nutrition des grandes sociétés savantes françaises et européennes.

Finalement, et c’est le sujet de cette 2ème partie, mais Royal Canin déploie un marketing redoutable sur le marché Pet Food et notamment des croquettes sèches. Une segmentation des produits dignes des plus audacieuses poupées russes.

Des produits surtout de plus en plus décriés par des voix discordantes et même certains vétérinaires, qui ne voient plus d’un si bon oeil cette présence surdimensionnée de céréales… dans la gamelle de carnivores domestiques.

Le pitch est bien là. Laissez-vous bercer par cette analyse critique de la qualité des croquettes Royal Canin.

Ne vous laissez pas piéger par mes titres provocateurs pour inviter un maximum de personnes à lire mes billets. Et puis, c’est une question n’est-ce pas ?

L’autopsie d’une croquette made in Royal Canin

La marque de croquettes propose des déclinaisons à l’infinie. Des croquettes spécifiques pour chaque race de chien ou de chat, en fonction de la forme et de la taille de la gueule, en fonction des besoins particuliers qui auraient été identifiés…

La saviez-vous ? La segmentation de marché de Royal Canin est si poussée qu’ils proposent des formes de croquettes spécialement conçues pour les besoins particuliers des grandes races, des petites races. Mais franchement, est-ce une si bonne idée que ça ?

Bien sûr, les grandes catégories sont présentes : les croquettes pour petites races, grandes ou animaux stérilisés, âgées ou avec des maladies particulières – des croquettes que l’on ne retrouve que dans les cliniques vétérinaires.

Toutefois, l’immense majorité des croquettes Royal Canin ont une composition générale identique, et on va les passer en revue.

1. L’utilisation massive de céréales

Les céréales sont une matière première peu chère pour les fabricants, qui apportent principalement de l’amidon, des fibres et quelques minéraux, et protéines, et relativement peu de vitamines – surtout si l’on tient compte de la cuisson ultra-haute température.

Ces céréales sont souvent compartimentées ou “éclatés” dans la liste des ingrédients, avec du maïs, du blé, de l’orge, de l’avoine, de sorte qu’ils n’apparaissent jamais en première position (en général).

Mais si l’on fait bien sûr la somme de toutes ces céréales différentes, on peut rapidement se retrouver avec une croquette qui contient 40 %, 50 % voire 60 % de céréales.

Bon à savoir : on ne peut pas réellement déterminer les quantités de chaque ingrédient, car tous les pourcentages ne sont pas écrits sur les étiquettes. Les fabricants ne sont pas obligés de mentionner les pourcentages. Ce sont des approximations.

Cette stratégie d’étiquetage est tout à fait légale, et les lecteurs de mon livre ne sont plus dupes quant à l’effet que cela produit : le premier ingrédient (souvent de la viande) sera ainsi valorisé, mais il est en réalité noyée dans un océan invisible de céréales.

Le problème est que l’utilisation des céréales pose problème pour plusieurs raisons. La plus sérieuse est la contamination des stocks de céréales par des organismes qui relâcheront dans les grains des mycotoxines.

Ces mycotoxines vont persister même après la cuisson et le passage dans l’extrudeur géant. Elles pourront causer de graves problèmes de santé aux animaux, voire la mort.

L’association Sécurité de la Nourriture des Animaux de Compagnie réalise des analyses privées pour ses membres afin de connaître les taux. C’est une préoccupation qui concerne tous les produits qui ont recours aux céréales.

Il en découlera bien entendu que ces croquettes contiennent relativement peu de produits d’origine animale, pourtant ce qui devrait être la base de leur alimentation.

Pour toutefois subvenir aux besoins importants en protéines, on retrouve très régulièrement l’usage de gluten de maïs ou de blé, eux aussi controversés dans l’alimentation de carnivores domestiques.

2. Elles contiennent beaucoup de glucides

C’est une conséquence de l’utilisation massive de céréales, mais les croquettes de Royal Canin contiennent en moyenne 40 %, 50 % voir 55 % de glucides en pourcentage de matière sèche.

Cette quantité extrêmement élevée de glucides, comparée à une alimentation typique de chiens sauvages – proche de 15 % de glucides -, pose de sérieuses questions sur la santé.

Est-ce que cette surcharge de glucides peut avoir un impact physiologique sur l’incidence de l’obésité et du diabète ?

Nous ne savons pas vraiment. Les preuves sont limitées et les études rigoureuses manquent même si des éléments inquiétants existent chez le chat, beaucoup moins chez le chien.

Une utilisation d’autant plus suspecte que ni les chiens ni les chats n’ont des besoins physiologiques en glucides. Pour les chiens, la domestication par l’Homme a certes entraîné de profondes modifications biologiques, mais ne se traduisent pas aujourd’hui par une protection renforcée contre le diabète.

Les évolutions génétiques du chien lui ont permis d’avoir des copies plus importantes d’un gène en charge de la digestion de l’amidon. Bien souvent, les fabricants avancent cet argument pour justifier la présence de céréales dans les croquettes. Mais cela ne se traduit pas protection, selon les études scientifiques.

3. Elles contiennent des sous-produits non identifiés

La vaste majorité des croquettes Royal Canin sont faites de sous-produits animaux et végétaux, plus ou moins identifiés. Dans la majorité des cas, aucune espèce ni partie animales utilisées n’est mentionnée.

On parle de “protéines animales déshydratées”, ou de “graisse animale” qui correspondent aux restes des abattoirs des animaux d’élevage destiné à l’alimentation humaine.

Ces sous-produits ou coproduits sont produits sous la responsabilité de la SIFCO, et représentent selon elle “les coproduits de viande et de poisson, tels que viscères, têtes, pattes, cous, pieds, os, plumes, sang, queues.”

Des ingrédients dont la qualité sera variable – par exemple un abat comme le foie n’aura rien à voir avec des plumes – et dont les concentrations dans la croquette influenceront beaucoup la qualité finale.

Mais le problème c’est bien que les règles d’étiquetage établies par les fabricants eux-mêmes leur autorisent d’être flou sur ce sujet, pour à la fois leur permettre d’assurer un approvisionnement constant, mais aussi de mettre à peu près tout ce qu’ils veulent.

Car il existe de nombreuses croquettes et marques qui précisent bien sûr l’espèce animale utilisée et la partie de l’animal.

Le saviez-vous ? Les extrudeurs dernières générations peuvent maintenant faire des croquettes avec des quantités très basses d’amidons, moins de 20 % voir 15 % ? Ces nouveautés technologiques rendent l’argument de la présence d’amidons obsolète.

Autrement dit, nous n’avons malheureusement aucune idée de ce qui finit réellement dans la gamelle de nos animaux. Ce doute, et ce manque flagrant de transparence qui serait tout simplement intolérable dans l’alimentation humaine, nourrit une défiance et déclasse les croquettes de facto.

4. Les minéraux dans les clous

C’est un point positif, mais les croquettes Royal Canin sont tout de même dans les clous par rapport aux besoins des animaux domestiques en minéraux, comme le calcium, le phosphore et plus généralement par rapport au taux de cendre.

On retrouve des quantités et des ratios dans les limites où tout le monde est à peu près d’accord.

Qui plus est, une étude récente européenne vient de nous montrer – sur un échantillon malheureusement inconnu – que les croquettes tendent à respecter les règles.

Résumé

Les étiquettes des croquettes Royal Canin parle d’elles-mêmes :

  1. beaucoup de sous-produits non identifiés qui mélangent à la fois des produits de qualité et de faible qualité, sans laisser bien sûr la chance aux propriétaires de le savoir;
  2. Beaucoup de céréales et de glucides, ce qui alimente la controverse à la lumière d’une susceptibilité plus forte de ces animaux à la présence de glucide, mais le manque d’étude scientifique arrange les industriels.
  3. Les croquettes Royal Canin semblent en tout cas respecter les proportions essentielles des minéraux majeurs (calcium, phosphore, zinc, etc.) et des vitamines (mais de synthèses…) pour assurer une bonne croissance.

Si on se borne à analyser la qualité des ingrédients en fonction de ce que l’on peut lire, il est bien difficile de se faire un avis, tellement l’opacité règne avec une transparence aussi inexistante que le Big Foot.

Ces croquettes concentrent donc les doutes, et malgré la bonne volonté de Royal Canin qui n’a pas hésité à faire manger à l’un de ses directeurs ses croquettes en direct devant des journalistes, nos questions restent en suspends.

Ce serait ensuite sur l’usage à long terme, la sensibilité propre à chaque race et chaque animal et les autres aspects de l’environnement qui feront pencher la balance d’un côté plus que d’un autre. Personnellement, je ne conseille pas l’utilisation de ces croquettes, à la lumière de ces éléments.

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1 commentaire
  1. Bonjour,

    Je vous remercie pour votre travail très intéressant. J’ai trois questions que je me permets de vous poser dans l’optique d’acheter votre livre.
    À tout hasard, répertoriez-vous les marque Thrive (un véto m’a dit que c’était nul or moi je suis fan de la composition qui ne tombe ni dans le haut pourcentage de viande + la salade de fleurs, betteraves, et je ne sais quoi comme complémentaires bizzaroides, ni dans le bol de céréales agrémenté d’un peu de “protéines douteuses animales/végétales ) et Schesir dans vos recherches ?
    Avez-vous des informations pour nourrir les animaux en fonctions de leurs spécificités ?

    Troisièment, j’aimerais partager avec vous un ras le bol. Peut-être que vous aurez une réponse à m’apporter en bon détective que vous êtes :
    Lorsque je passe un coup de fil pour demander des réponses concernant l’alimentation et le confort digestif de mon chat (qui a tendance à me faire des crottes moitié dures moitié molles + un peu de sang frais à la fin, je suis confrontée aux mêmes réponses de la clinique vétérinaire à laquelle je me suis habituée. “Il faudrait passer en croquettes médicalisées gastro intestinal” “Du smecta !” “Des croquettes light / sénior… des hypoallergéniques” Si je les écoutais j’achèterais 10 paquets de Hills ou Purina ou RC à utiliser alternativement et je me mets à la place de mon chat : je ne supporterais pas prendre des traitements à tour de bras à chaque repas et différents selon mes maux sans que mon médecin sache ce que j’ai réellement. J’en ai marre d’entendre des réponses sponsorisées à des questions que j’adresse à ceux que je pense être des professionnels, des personnes responsables du bien-être animal, avec une éthique et non pas l’objectif d’écouler les stocks de marchandise grâce à mon portefeuille.
    Je ne souhaite pas non plus tomber dans “l’automédication” ou faire des tests sur mon chat en suivant des conseils de personnes voulant bien faire mais mal renseignées (ex : forum où on trouve tout et n’importe quoi)
    Ce n’est pas évident de trouver une nourriture réellement adaptée à son chat, surtout lorsqu’il cumule des points faibles : le mien est un mâle croisé européen de 10 ans stérilisé vivant en appartement mais très joueur et actuellement au régime d’après les recommandations de mon véto car il a un bon coup de fourchette. Ce que je veux dire par là c’est que parfois je me sens coincée entre finir la longue transition du RC au Thrive pour qu’il puisse manger ce qui me semble bon pour sa santé (malgré son âge et son sexe) avec le risque que ca ne lui soit pas adapté ou écouter des arguments d’autorité biaisés et condamner mon chat à ingurgiter de quoi lui filer de belles maladies qui rempliront les poches des vétos… Que choisir ?

    Existerait-il donc des adresses de cliniques vétérinaires répertoriées non soumises à l’autorité de ces grandes marques ? Ou bien des diététiciens pour animaux confirmés qui apprécieraient les choses sans les oeillères des vendeurs de bols de céréales ?

    Je vous remercie de m’avoir lue et si vous le pouvez, de répondre à mes interrogations.

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