Une première

Une grande partie d’entre vous découvrait dimanche dernier l’univers de la croquette ou Pet Food en France, à travers le documentaire de Marion Baillot et Mathieu Sarfati. Ce documentaire, les questions qu’il soulève et ce qu’il montre, est une première en France.

Une première qui arrive bien tardivement, mais mieux vaut tard que jamais. Je dénonce cette situation depuis 2014 sur mon blog et dans mon livre électronique dédié, Ce Poison Nommé Croquette.

Avant la diffusion du reportage, j’ai eu de très nombreux échanges avec Mathieu Sarfati pour lui donner des pistes, lui énoncer les principales problématiques, lui parler du rôle obscur de la Fediaf, des risques des glucides et des mycotoxines dans les croquettes.

Il en ressort un reportage très bien fait. Difficile de faire mieux sur 52 minutes, même si j’ai des choses à rajouter, des points à compléter.

Explosion du trafic du blog à la suite du reportage de France 5 ! Le sujet intéresse !

Le minimum est bien là

Un documentaire en plusieurs actes qui nous montre :

  • l’importance du marché de la croquette en France (mais aussi ailleurs);
  • le package et marketing parfois agressif
  • la production de croquette Royal Canin
  • la réalité des ingrédients utilisés, sous-produits animaux, plumes, poils, laines et céréales
  • l’importance des glucides dans les croquettes, et les risques des mycotoxines
  • les groupes de soutien sur Facebook
  • la législation bien arrangeante de l’Union européenne, avec le lobby de la croquette (Fediaf)
  • l’acharnement des marques a investir les élevages et vendre leurs produits spéciaux

Beaucoup de sujets donc, avec notamment les fameuses analyses dans un laboratoire indépendant sur les mycotoxines dont me parlait Mathieu Sarfati.

Des images surréalistes quand le directeur industriel d’une usine de croquettes Royal Canin mange face caméra ses produits. Un geste probablement inutile, on s’en doute bien, mais plus que jamais la marque sait qu’il faut montrer que les produits sont comestibles et sains. Quitte à montrer l’exemple et se régaler d’une fournée spéciale Rottweiler.

Un passage surréaliste !

Mais quelle jouissance lors de l’interview du lobbyiste européen qui travaille pour la Fediaf, cette méga association qui défend les intérêts des industriels. Une interview que j’attendais depuis longtemps. J’avais énormément insisté sur la nécessité de les rencontrer et d’enquêter sur cette association. On ne peut que jubiler quand les mots manquent au lobbyiste pour défendre l’absence d’étiquetage des glucides sur les croquettes.

Mais le reportage ne pouvait techniquement pas revenir sur tout ou dans le détail. Voilà les points qui mérite selon moi approfondissement et que vous devez connaître.

Les écoles vétos et les vendeurs de croquettes : le grand flirt

C’est un acte pourtant stratégique dans la compréhension du problème, que je dénonce avec force de détail dans mon ouvrage électronique. Quatre écoles vétérinaires forment nos futurs vétérinaires en France.

Une enquête citoyenne et publique réalisée sur les sites internet des écoles, sur les documents administratifs et diverses publications montrent une étrange et dérangeante proximité entre ces écoles et les fabricants de croquettes.

L’une des écoles vétos possède une chaire d’enseignement à la nutrition clinique détenu par l’une des plus grandes marques de croquette dans le monde. Une chaire qui lui permet d’être au coeur de formation des étudiants vétérinaires.

D’autres écoles font intervenir des experts dans leur domaine notoirement liés à l’industrie Pet Food. Des liens d’intérêts qui ne choquent pas dans le milieu, bien au contraire. Ces liens d’intérêts justifient selon eux une compétence ou une expertise plus intéressante, quitte à être moins partiaux.

La formation des vétérinaires fait également intervenir à plusieurs niveaux les fabricants de croquettes, aussi bien lors de soirées sponsorisées, d’échantillons offerts, de congrès nationaux ou internationaux et pendant la formation continue des vétérinaires.

La formation en elle-même des étudiants vétérinaires sur la nutrition est manifestement très succinte. D’après nos informations, la remise en question profonde de la composition des croquettes n’est pas à l’ordre du jour.

Et pour en parler, il faut impérativement rappeler que les vétérinaires travaillent avant tout pour le bien-être des animaux et qu’ils ne souhaitent que leur bonheur avec un bon état de santé. J’ironise, mais je reste persuadé que c’est effectivement le cas !

Des glucides dangereux en excès ?

Lorsque le lobbyiste de la Fediaf est mis devant ses mensonges concernant la présence soi-disant faible des glucides dans les croquettes, il sort sa dernière carte sur la santé des animaux.

“Est-ce que vous avez des preuves que c’est mauvais pour la santé des animaux ?”

Même si le lobbyiste concède que “les animaux n’ont pas besoin de beaucoup de glucides”, il contre-attaque proprement, car il sait très bien que les études sur ce sujet sont au mieux inexistante, ou au pire pas très claires.

Mais quand même. L’équipe de France 5 aurait pu sortir cette petite étude publiée en 2016 sur les facteurs de risque du diabète chez le chat 1. Une étude qui pointe plusieurs facteurs de risques dans le diabète, dont l’alimentation sèche.

Un chat de corpulence normale aurait entre 3 et 4 fois plus de risque de devenir diabétique quand il est nourri avec des croquettes.

D’autres études avancent, de manière indirecte, que d’importantes quantités de glucides entraînent une augmentation de la glycémie, des niveaux d’insuline, avec une résistance à cette dernière, et pourrait prédisposer les chats vers l’obésité et le diabète 2 3.

Ces auteurs estiment que les diètes riches en glucides, comme la majorité des croquettes, causent une hyperinsulinémie comparée à celle riche en protéines. Rajoutant que les injections d’insuline ont pu être arrêtées chez certains chats diabétiques en suivant une alimentation riche en protéines. Un point confirmé par d’autres études 4, et que je conseille bien évidemment dans mon ouvrage.

D’autres études ont également montré qu’une alimentation à base de maïs chez des chats (le maïs étant bien souvent l’ingrédient principal des croquettes, avec le blé) entraînait la plus forte augmentation d’insuline, jusqu’à 10h après le repas 5.

En 2006, des chercheurs arrivent à la conclusion qu’une diète pauvre en glucides et en fibres était plus efficace pour arrêter les traitements par insuline qu’une diète plus riche en fibres et en glucides 6.

Il y a donc bien des évidences scientifiques, plus ou moins claires, qui n’épargnent pas les glucides présents dans les croquettes pour chien et chat.

L’étiquetage pose problème, et pas uniquement à cause des glucides

Les journalistes de France 5 démontrent bien que l’industrie Pet Food a un problème avec les glucides. Sur le document de 60 pages de la Fediaf, pas une seule fois le mot glucides.

Mais ce document permet aussi aux fabricants d’être incroyablement flous dans l’étiquetage général et dans le niveau d’information qu’ils donnent aux propriétaires d’animaux de compagnie.

Par exemple, un produit peut être estampillé “riche en saumon” avec pourtant seulement 15% de saumon. Si la croquette ne contient que 4% de boeuf, le fabricant est en droit d’inscrire “au boeuf” sur le paquet.

Une situation d’autocontrôle, orchestré par la Fediaf au niveau européen, qui n’échappe pas aux dérives de certains fabricants peu scrupuleux. Selon une enquête de la Direction générale de la répression des fraudes (DGCCRF), de nombreux échantillons ne respectent pas les étiquettes, signe selon l’organisme d’une “insuffisance des autocontrôles”.

Ouvrir les yeux et ne pas paniquer !

Voilà un documentaire qu’on attendait de pied ferme, une première en France pour dénoncer un monde qui ne tourne pas rond, celui du Pet Food.

Mais là, j’imagine que vous êtes maintenant nombreux à culpabiliser, ou bien à vous poser de sérieuses questions sur la qualité de la nourriture que vous donnez à votre animal de compagnie. Pas de panique, votre poilu peut rester encore quelques jours de plus avec des croquettes moyennes ou mauvaises. L’important maintenant, c’est de vous renseigner correctement sur la qualité de vos croquettes actuelles. Ensuite, rapprochez vous de groupes de soutien, ou des nombreux articles de vulgarisation sur les croquettes pour chien et chats, avec des guides, et des explications claires de mon blog pour faire un choix éclairé.

Vous avez également la possibilité de lire mon enquête inédite sur ce sujet, sur les quatre écoles nationales vétérinaires françaises, sur la composition des croquettes, avec mon classement pour mieux s’y retrouver.

Malheureusement, je ne pourrais pas répondre à toutes les nouvelles demandes d’analyses. Je suis déjà en tant normal submergé par les mails, alors après le reportage… N’oubliez pas que plus de 600 références sont analysées et classées dans mon ouvrage !

Alors ne paniquez pas, reprenez votre souffle et commencez à lire les paquets de croquettes ! 

Bravo à l’équipe de France 5 !

C’est ici pour le revoir !

PS : si vous souhaitez découvrir plus en détail mon travail d’information et mon combat au quotidien, alors visitez cette page ! En vous remerciant ! 


Références

1. Öhlund, M., Egenvall, A., Fall, T., Hansson‐Hamlin, H., Röcklinsberg, H., & Holst, B. S. (2016). Environmental Risk Factors for Diabetes Mellitus in Cats. Journal of veterinary internal medicine.

2. Hoenig, M. (2002). Comparative aspects of diabetes mellitus in dogs and cats. Molecular and cellular endocrinology, 197(1), 221-229.

3. Rand, J. S., Fleeman, L. M., Farrow, H. A., Appleton, D. J., & Lederer, R. (2004). Canine and feline diabetes mellitus: nature or nurture?. The Journal of Nutrition, 134(8), 2072S-2080S.

4. Frank, G., Anderson, W., Pazak, H., Hodgkins, E., Ballam, J., & Laflamme, D. (2001). Use of a high-protein diet in the management of feline diabetes mellitus. Veterinary therapeutics: research in applied veterinary medicine, 2(3), 238-246.

5. De-Oliveira, L. D., Carciofi, A. C., Oliveira, M. C. C., Vasconcellos, R. S., Bazolli, R. S., Pereira, G. T., & Prada, F. (2008). Effects of six carbohydrate sources on diet digestibility and postprandial glucose and insulin responses in cats. Journal of animal science, 86(9), 2237-2246.

6. Bennett, N., Greco, D. S., Peterson, M. E., Kirk, C., Mathes, M., & Fettman, M. J. (2006). Comparison of a low carbohydrate–low fiber diet and a moderate carbohydrate–high fiber diet in the management of feline diabetes mellitus. Journal of Feline Medicine & Surgery, 8(2), 73-84.

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32 commentaires
  1. bonjour JEREMY,il y a 45 jours nous avons découvert le diabète à 6,8 de mon chat guilou de 8 ans, depuis il a subi analyse sur analyse, garde chez le véto de trois jours, etc, et en peu de temps j’ai dépenser plus de 1000 euro. aujourd’hui je dois lui donner 2u(2 fois en 24 heures)plus aliments diabétique du veto,aiguille,seringue et insuline,plus visite chez le veto obligatoire afin de stabiliser son diabète = cher contraignant fatiguant(horaires de travail totalement incompatible avec ses piqures)il faut que son diabète baisse et je souhaiterai une alimentation saine que je pourrai préparé d’avance pour supprimer totalement les croquettes. comment m’y prendre? merci

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