Si les utilisateurs d’homéopathie estiment qu’ils coûtent moins cher à la société, les études scientifiques et économiques semblent indiquer tout l’inverse.

L’homéopathie persiste contre vents et marées

Cela fait plus de 200 ans que l’homéopathie a été inventée par Samuel Hahnemann. Le père de l’homéopathie a expérimenté sur lui-même et sur d’autres le fruit de ses recherches, pour finalement édicté les principes fondateurs de cette médecine non conventionnelle avec :

  • le principe des hautes dilutions
  • la dynamisation
  • le principe de similitude

Dans son aspect le plus pur, l’homéopathe – l’expert en homéopathie – doit réaliser un bilan complet de l’ensemble des symptômes d’un malade pour lui apporter les dilutions adaptés à son terrain et sa personnalité. Par définition, elle est très individuelle, et plus la dilution sera importante plus l’effet sera fort.

Remarque : On considère qu’il n’y a plus la moindre molécule active quand les dilutions atteignent au moins 13 CH. En dessous, il est possible de retrouver d’infimes quantités des ingrédients d’origine utilisés pour la préparation homéopathique.

Malgré deux siècles d’existence, l’homéopathie n’a pas encore su convaincre la communauté scientifique traditionnelle d’une efficacité supérieure à celle d’un placebo – ou effets contextuels. Une guerre scientifique se joue depuis entre les défenseurs d’une médecine fondée sur les preuves et les fervents utilisateurs de l’homéopathie.

Effet contextuel ? On préférera le terme “d’effet contextuel” plutôt que celui de placebo qui est mal interprété et ne permet pas de saisir tous les aspects qui touchent à l’efficacité d’un traitement. Par exemple, plus une consultation chez son médecin sera longue et chère plus l’effet thérapeutique sera important chez les patients.

L’homéopathie bénéficie pourtant de centaines et centaines d’études scientifiques qui attestent d’une efficacité supérieure à celle d’un placebo, dans de nombreux domaines médicaux. Mais ces études favorables sont généralement de faible qualité scientifique (pas de randomisation par exemple); elles ne concernent que peu de patients et sont financées par les laboratoires qui revendent des comprimés homéopathiques.

L’indépendance des études est un critère important dans l’évaluation de la qualité d’une étude. Nous avons de nombreuses preuves scientifiques qui démontrent l’influence des financeurs dans l’écriture des travaux scientifiques, avec des conclusions souvent plus favorables aux sponsors de l’étude. L’indépendance de l’expertise publique est aussi fondamentale.

Les expertises internationales qui ont évalué l’efficacité de l’homéopathie rejettent donc une vaste partie des études scientifiques favorables à l’homéopathie sur des questions méthodologiques, ce qui a pour conséquence de nourrir la théorie du complot du côté des défenseurs de cette pratique, en arguant une sélection à dessins des travaux scientifiques dans l’objectif de nuire à l’homéopathie.

Récemment, la Haute Autorité de Santé (HAS) s’est penchée sur l’efficacité de l’homéopathie actuellement remboursée à 30% par la sécurité sociale. Comme toutes les autres autorités sanitaires du monde, la HAS a conclu à l’absence d’efficacité supérieure à celle d’un placebo, en écartant de nombreuses études, et en attisant la colère du milieu homéopathique français, dont son leader international et français, Boiron.

Une décision incompréhensible pour Boiron, qui est notamment le fabricant du célèbre traitement homéopathique contre les états grippaux, l’oscillococcinum (voir notre enquête sur ce traitement). Ce traitement est utilisé par des milliers de Français malgré le fait qu’il n’y ait aucune preuve de son efficacité dans la littérature scientifique. La dilution du foie de canard de Barbarie est telle qu’il n’y a plus la moindre molécule active dans les gélules sucrées. Boiron a promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour faire changer la décision ministérielle d’Agnès Buzyn.

L’homéopathie sera déremboursée malgré une vive opposition

Le rapport du comité de transparence de la HAS plaide donc pour un déremboursement de l’homéopathie. En principe, la solidarité nationale ne devrait être appliquée que pour les médicaments qui ont démontré une efficacité ou un service médical rendu suffisant.

Les politiciens auront finalement coupé la poire en deux : l’homéopathie sera déremboursée progressivement, 15% dans un an, puis 0% dans deux ans, afin de laisser le temps aux laboratoires de s’adapter à la nouvelle mesure.

Les laboratoires qui fabriquent des médicaments homéopathiques, et tous les praticiens qui la défendent sont montés au créneau pour défendre cette pratique répandue et appréciée des Français. Une vaste campagne de communication, de plusieurs millions d’euros, a été orchestrée pour influencer les politiciens en premier lieu, notamment les députés des régions où sont établies des usines pharmaceutiques qui génèrent des emplois et de l’argent.

À ce jour, plus de 40 députés s’opposent désormais au déremboursement de l’homéopathie reprenant fidèlement les arguments des laboratoires pharmaceutiques, dont Boiron, qui a réalisé de lourdes actions de lobbying à l’encontre des députés, les caractérisant comme du “harcèlement” par la porte-parole du parti présidentielle.

Parmi les arguments pour défendre le remboursement et l’usage de l’homéopathie, on retrouve :

  1. la popularité et l’usage fréquent de la pratique par les Français
  2. les nombreux emplois menacés par les leaders mondiaux
  3. les avantages en termes de coût pour la sécurité sociale, car les utilisateurs d’homéopathie auraient moins recourt à certaines classes de médicaments (antidépresseurs, somnifères, psychotropes…)

L’homéopathie soulagerait la sécurité sociale

Le dernier point concentre les critiques et les débats au sein de la communauté scientifique, médicale et dans la société civile. Les utilisateurs de l’homéopathie sont intimement persuadés qu’ils “coûtent” moins cher à la société, car ils consommeraient moins de médicaments controversés – avec des effets indésirables – et seraient en meilleure santé. Un argument que l’on peut entendre fréquemment, mais est-il pour autant validé scientifiquement ?

Une étude franco-française soutient cette hypothèse, c’est la fameuse étude EPI 3, commandité par Xavier Bertrand quand il était ministre de la Santé, afin d’étudier le rôle de l’homéopathie dans la prescription d’autres classes de médicaments. Cette étude, financée par Boiron, montre que les patients qui consultent chez un médecin homéopathe reçoivent moins de médicaments pour différentes affections (problème de sommeil, anxiété, dépression, infections des voies respiratoires) sans aggraver les pronostics par rapport à des consultations classiques.

L’étude EPI 3 est donc affichée sur la place publique comme la preuve que l’homéopathie n’entraîne pas une perte de chance pour les patients – sans aggravation de sa maladie du à un retard de prise en charge – et permet de réduire les lourdes prescriptions de médicaments controversés, tant sur leur efficacité que leur innocuité (lire l’analyse critique de la grande étude EPI 3 sur l’homéopathie).

Pourtant, l’étude EPI 3 n’a jamais été faite pour démontrer la preuve de l’efficacité de l’homéopathie de l’aveu même des auteurs, mais plutôt de l’effet d’une consultation chez un médecin certifié en homéopathie. Des consultations plus longues et plus chères que chez un médecin conventionnel. D’autre part, EPI 3 concentre des biais méthodologiques et une certaine faiblesse statistique qui rendent toutes les interprétations et généralisations difficiles. Finalement, et c’est pourtant le point qui nous intéresse ici, l’étude ne propose aucune analyse économique qui prouverait l’avantage de cette pratique sur les finances publiques.

Les utilisateurs de l’homéopathie coûteraient plus cher

Les analyses économiques internationales indiquent que les utilisateurs de l’homéopathie coûteraient en réalité davantage à la société que les non-utilisateurs. Des résultats contre-intuitifs et qui vont contre les témoignages positifs et les croyances d’une bonne partie des adeptes de cette pratique alternative.

L’étude Allemande qui dérange

L’étude la plus récente a été conduite chez plus de 42 000 Allemands dont la moitié avaient souscrit à une mutuelle privée spécialisée en homéopathie (1). Au terme d’une analyse de près de trois ans, les souscripteurs du contrat en homéopathie ont eu 1,2 fois plus de dépense de santé que les autres (12 400 € contre 10 400 €). Les deux principaux facteurs qui génèrent des différences de coût concernent le coût des soins hospitaliers (+25%) – notamment an ambulatoire – et de la perte de productivité (+14%).

L’étude allemande n’est pas parfaite non plus. Elle est rétrospective par nature, limitant la puissance de son interprétation, et présente un risque important de biais, notamment dans la sélection des participants. Les souscripteurs au contrat de santé homéopathique ont peut-être un statut social et une conscience de leur état de santé plus élevée que les autres, augmentant ainsi les dépenses de santé.

Concernant le coût des médications, là aussi les résultats de l’étude allemande se heurtent aux idées reçues dans ce domaine. Si l’étude EPI 3 laisse penser que les patients pris en charge par des médecins homéopathes consomment moins de médicaments, l’étude allemande montre que les souscripteurs à la mutuelle en soin homéopathique dépensent 36% de plus en médicaments que les autres. Dans le détail de chaque pathologie (dépression, rhinites, migraines, asthme, etc.), il n’y a aucune différence statistique entre les deux groupes. Précision importante, l’étude ne s’est pas penchée sur les problèmes de sommeil.

Plus chère pour le traitement de l’eczéma

Une étude similaire s’est intéressée à l’effet des traitements homéopathiques et son coût pour l’eczéma atopique chez les enfants, une maladie qui peut fortement troubler les familles devant les difficultés pour traiter efficacement cette affection de la peau (2). Si cette étude qui a porté sur près de 140 enfants ne montre aucune différence dans l’évolution de la maladie entre les groupes, elle indique en revanche des dépenses de santé 2,9 fois plus élevée dans le groupe homéopathie, dont la cause principale est le coût des consultations chez le médecin traitant.

Attention : les résultats de ces études économiques sont à prendre avec précaution à cause des limites méthodologiques. Elles restent néanmoins les seules évidences scientifiques qui apportent des éléments de réponses pour nourrir le débat sur le coût de l’homéopathie pour la sécurité sociale. Si les études tendent à montrer un surcoût avec l’homéopathie, les différences s’estompent après plusieurs années, et pourraient être finalement identiques.

Conclusion : qui coûte le plus cher ?

Nous n’avons pas de réponse absolue et certaine à cette question. Les défenseurs de l’homéopathie soutiennent qu’ils sont une charge en moins pour la sécurité sociale en consommant moins de médicaments, parfois inutiles et dangereux, pour une même évolution des différentes affections étudiées. On parle principalement de maladies bénignes qui disparaissent souvent d’elle-même sans médication.

Quoi qu’il en soit, les seules études à notre disposition montrent plutôt que les patients qui s’orientent vers des mutuelles “homéopathiques”, ou des praticiens certifiés en homéopathie ont des dépenses de santé plus élevée que les autres. Les raisons principales de ce surcoût seraient :

  • la perte de productivité plus importante
  • les coûts plus élevés en hospitalisation
  • les frais de consultation plus élevés des médecins homéopathes (et peut-être une fréquence de visite de plus élevée).
La médecine conventionnelle n’est pas irréprochable bien sûr. Bien souvent, la qualité des recommandations cliniques sont désastreuses et les journaux scientifiques sont régulièrement épinglées pour méconduites scientifiques.

Ces données restent balbutiantes et préliminaires dans l’évaluation réelle du coût de l’homéopathie dans les frais de santé, mais ne semblent pas donner un avantage pour l’homéopathie. Ces résultats invitent donc à la prudence quant à l’intérêt même de l’homéopathie pour réaliser des économies en santé publique, et nous rappellent que les mécanismes financiers en jeu sont autrement plus complexes. D’autres études doivent être conduites pour affiner ces découvertes et mieux comprendre les mécanismes en jeu. Cet exercice économique pourrait être réalisé par l’Inspection générale des affaires sociales, et pourrait aussi s’intéresser au monde vétérinaire, dont une partie des agriculteurs et éleveurs reposent sur l’homéopathie.

Et vous, quel est votre avis sur cette question ? Vous pensez que l’homéopathie est un atout dans la gestion financière des dépenses publiques ?

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84 commentaires
  1. A Jérémy, Claudine et tous les autres,

    Toutes ces gentilles chamailleries me font bien rire et viennent de m’inspirer une propre citation :

    – Aux pays riches la médecine chimique dont les chimios et radiothérapies.
    – Aux pays pauvres les médecines holistiques dont l’homéopathie.
    – Bienheureux les pauvres.

    Richard.

    1. Cher Richard,

      Je me permet de citer un internaute dans un autre article qui nous parlait de la médecine en Inde. Même si on peut louer une approche holistique dont notre médecine moderne devrait s’inspirer, la qualité du soin de manière générale n’était pas à la hauteur. As-tu déjà visité un hopital en Inde pour avoir un avis ? Personnellement, je préfère me faire soigner dans un hopital de chez nous plutôt que la-bas. Ce n’est que mon avis.

  2. Nous sommes tout à fait d’accord Jérémy. C’était une boutade.
    Je milite depuis plus de 50 ans pour une médecine intégrative qui prend en compte TOUTES les formes de médecines sérieuses avec ou sans preuves scientifiques. De nombreuses années de pratiques positives, parfois millénaires, pouvant remplacer les preuves scientifiques. Je pense notamment à l’Ayurveda, UNAE etc..
    Richard.

  3. Cher Jeremy. Mais qu’est ce que l’Homéopathie vous à donc fait ? Rien, je suppose. Ca n’a pas fonctionné avec vous et d’autres qui se permettent de railler. Et alors ? Je prends cet article avec retard et j’ai lu tous les commentaires. Certains sont contre d’autre pour. Mais vous Jeremy, vous n’êtes pas vraiment de bonne foi sur ce sujet à mon sens. Je vous ai fait parvenir dans vos articles précédents de liens qui démontrent qu’il y a eu lieu des études en double aveugle, contre placebo etc..; sur des enfants pour les symptômes grippaux en Amérique latine ou l’ efficacité de l’Homéopathie a été démontrée.
    Vous m’aviez répondu que vous regarderiez ces études … et j’attends toujours votre avis. Feriez vous comme la HAS ( à la botte de Big Pharma) qui qui ne sélectionne finalement que les études qui vont dans son sens ?
    Une étude à propos du cancer ( Suisse celle-ci) comme vous les aimez, randomisée ( à juste raison) démontrait les bienfaits de l’Homéopathie dans le ressenti des douleurs pour le cancer du sein je crois. Celle-ci aussi ne semble pas vous intéresser.
    Ne me demandez pas de vous refournir les liens, mon ordi a victime d’un “Cheval de Troie” et j’ai perdu tous les liens d’articles intéressants, mais je rejoins ce que dit Richard HAAS : Il existe des scientifiques sérieux qui se penchent sur la transmission des informations par l’eau et qui donnent des explications! Il était temps que d’aucuns comme Marc Henry ou le Pr Montagnier ( qui n’est tout de même pas un rigolo, fassent ce travail à priori rébarbativement “quantique”, car savez vous ON NE CONNAIT FINALEMENT RIEN DE L’EAU. Tour reste à découvrir.
    L’Homéopathie est chère pour la Sécurité Sociale ? Et les vaccins alors, souvent inutiles ou inefficaces, voire dangereux et qui passent la barrière de l’ANM sans études à moyenne ou longue période comme les médicaments allopathiques ( et encore là, que de biais …) et personne ne trouve à redire sauf quelques lanceurs d’alerte.
    Alors, de grâce , cessez de pourfendre l’Homéopathie, les chevaux d’une amie qui les soignent par ce moyen vous en seront reconnaissants. J’ajoute qu’elle a essayé de leur faire lire les écrit affirmant qu’il ne s’agissait que d’effets placebo , ils ont mangé les articles sans les lire.

    1. Salut Inoxydable,

      J’y ai répondu en partie dans une enquête plus ancienne : https://www.dur-a-avaler.com/lhomeopathie-est-elle-reellement-inutile-et-inefficace/

      Si nous parlons de la même étude (celle-ci : Karp, J. C., Sanchez, C., Guilbert, P., Mina, W., Demonceaux, A., & Curé, H. (2016). Treatment with Ruta graveolens 5CH and Rhus toxicodendron 9CH may reduce joint pain and stiffness linked to aromatase inhibitors in women with early breast cancer: results of a pilot observational study. Homeopathy, 105(4), 299-308.) alors non elle n’était pas randomisé et présente de nombreux biais qui rendent l’interprétation délicate et les conclusions difficiles à tirer.

      Il y a eu des études en double aveugle contre placebo. La seule significative que j’ai pu lire concerne la durée de la diarrhée d’enfants. Genre on réduit la diarrhée de quelques heures (j’en parle aussi dans l’article précédemment cité).

      J’essaie quand même d’être de bonne foi… Je n’ai rien contre l’homéopathie, soit en rassuré ! :)

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