L’interminable débat sur l’efficacité ou non de l’homéopathie se pose cette fois-ci sur l’insomnie. Un problème de santé qui touche de plus en plus de personnes avec des conséquences parfois importantes sur la vie personnelle et professionnelle. L’homéopathie est-elle efficace contre ce trouble du sommeil ? C’est compliqué.

L’importance de bien dormir

Nous passons presque un tiers de notre vie à dormir, et ce n’est pas pour rien. Nous avons besoin de dormir pour nous reposer, grandir correctement, forger des souvenirs, retenir efficacement des leçons… survivre.

Un bon sommeil est une composante majeur (un pilier même) d’un bon état de santé. Car on le sait bien, le manque de sommeil, mais aussi et surtout le sommeil perturbé (par des insomnies ou des troubles du sommeil) pour diverses raisons peuvent avoir des conséquences graves sur la santé.

Plus de risques de diabète, d’obésité, d’accident pendant la grossesse ou de maladies cardiovasculaires. Les risques sont nombreux, tout comme les causes des problèmes de sommeil : un environnement professionnel ou personnel stressant, des voisins bruyants, trop d’écrans et de mauvaises routines de sommeil…

En 2017, le dernier baromètre santé publié sur le sommeil des Français montrait que 14% d’entre eux avaient des insomnies chroniques. 30% des Français ont une “dette légère de sommeil” (1h) et 19% une dette sévère avec plus de deux heures de manque à dormir.

Pour remédier à ces situations problématiques, on peut s’essayer à la méditation qui apporte des promesses discutables sur le plan scientifique, ou bien se rabattre sur les grasses mat’ pas si intéressantes que ça (une autre piste est donnée en fin d’article avec la thérapie cognitive et comportementale…)

On a aussi la possibilité de se reposer sur la médecine moderne, avec tous les risques que cela comporte niveau effet secondaire et efficacité discutable. Ou bien, on peut s’essayer l’homéopathie. Ces traitements doux que l’on retrouve dans toutes les pharmacies et qui sont sujets à d’intense controverse scientifique et débat citoyen.

Justement, cet article va faire le point sur l’intérêt de l’homéopathie pour régler des problèmes d’insomnies ou de troubles du sommeil.

Petit rappel sur l’homéopathie

Un court paragraphe qu’il me semble nécessaire d’écrire sur les bases du fonctionnement de l’homéopathie. Pour les personnes qui sont déjà au fait des mécanismes et principes de l’homéopathie, vous pouvez passer directement au paragraphe suivant.

Pour ceux qui ne le savent pas, l’homéopathie se base plusieurs principes de référence :

  • La similitude. On va donner au malade des extraits de plantes ou d’animaux qui peuvent donner les symptômes que l’on observe.
  • Les hautes dilutions. Les préparations homéopathiques sont diluées un certain nombre de fois, avec la mention CH pour le nombre de dilutions. Par principe, plus la dilution sera forte, moins nous avons de chance de retrouver de principes actifs et plus la préparation sera considérée comme forte.
  • La dynamisation. On va mélanger ou remuer le mélange homéopathique lors des dilutions d’une certaine manière, on parle alors de succussion qui va apporter un effet à la préparation.

Un autre principe, mais qui ne s’applique pas nécessairement à chaque cas, car il dépend du prescripteur, se réfère à la notion d’individualité. En théorie, pour une même maladie, par exemple la grippe, deux patients n’auront pas les mêmes traitements, car cela dépend de chaque terrain et chaque symptôme, différent d’un patient à l’autre.

Cette science remonte à plus de 200 ans avec les travaux de Samuel Hahnemann, et ne cesse de faire parler d’elle avec d’un côté les défenseurs de la méthode, qui parle d’un effet supérieur à celui d’un placebo, et les opposants qui n’y voient qu’un effet placebo ou plus précisément contextuel.

L’homéopathie a récemment fait parler d’elle au niveau national avec la décision de ne plus la prendre en charge par la solidarité nationale, à la suite de tribune et d’avis négatif de la Haute Autorité de la Santé.

Ces avis et cette décision politique est contesté par les défenseurs de la pratique, avec des débats vifs sur l’intérêt de la mesure pour faire des économies de santé, notamment en utilisant de médicaments chers et peu efficaces.

Insomnie : l’homéopathie mieux qu’un placebo ?

Pour évaluer d’une manière un tant soit peu sérieuse l’efficacité d’un traitement homéopathique, nous n’avons pas vraiment le choix. Il faut regarder du côté des essais cliniques randomisés, les fameux RCT, qui comparent le produit d’intérêt contre un produit inerte, un leurre pour les participants qui ne contient aucun principe actif. C’est le placebo bien sûr.

L’idéal étant d’avoir de nombreux RCT, indépendant de tout intérêt qui pourrait biaiser les résultats, avec suffisamment de participants et à la méthodologie rigoureuse. Mais autant le dire tout de suite, nous n’avons pas ce genre d’étude. Je veux dire, l’étude “parfaite”. Bien souvent, elle reste un idéal que peu d’études atteignent.

Mais on a quand même de quoi discuter, car des études qui ont démontré qu’un traitement homéopathique, et individualisé, était supérieur à un placebo, nous en avons ! Oui, mais ce n’est pas aussi simple, vous vous en doutez bien.

Avant 2012, nous avions plusieurs études randomisées contre placebo sur ce sujet, très précisément 6. Ces six études ont toutes été évaluées après coup dans des synthèses de la littérature qui permettent d’y voir plus clair (sans méta-analyse malheureusement).

Et le bénéfice semblait à l’époque modeste. Sur les 6 études à notre disposition, une seule montrait un effet supérieur au seul effet placebo, alors que les 5 autres étaient négatives. Elles avaient toutes des problèmes méthodologiques plus ou moins sérieux, dont un manque de participants1 2.

Aucune étude ne dépasse les 40 participants. C’est relativement peu, surtout pour essayer de mettre en évidence un léger bénéfice. Un bénéfice pourrait être masqué à cause d’un manque de puissance (car il faudrait plus de participant).

Mais en 2019, l’histoire change un peu. Un nouvel essai clinique randomisé souhaite combler ce vide scientifique et notamment les faiblesses méthodologiques des études sur l’homéopathie et l’insomnie3.

C’est une équipe de recherche indienne qui est à la manœuvre, avec une étude qui respecte le standard de référence : double aveugle, randomisé et contrôlé contre un placebo.

Malheureusement la puissance de l’étude reste toujours hasardeuse, avec seulement 30 participants dans chaque groupe. On peut vraiment mieux faire. C’est dommage même si un peu mieux que toutes les études précédentes.

Il n’en demeure pas moins que si l’on se fie aux conclusions des auteurs, l’homéopathie “semble avoir produit un effet significativement supérieur à celui du placebo”, renchérissant qu’il faut mener d’autres essais cliniques rigoureux et indépendant sur ce sujet.

Cette étude est-elle la preuve qu’un traitement homéopathique peut avoir un effet au-delà d’une simple manipulation de l’esprit ? Peut-être. Je vous propose de vous faire votre propre avis avec le décryptage de cette étude.

Déjà, on peut saluer le professionnalisme des homéopathes dans cette étude. Le traitement a été donné à tous les participants selon un consensus de trois homéopathes, avec au moins 3 ans d’expérience, dont l’un d’entre eux cumulant plus de 20 ans d’expérience avec un doctorat en homéopathie. Rassurant.

L’individualité du traitement et la qualité de la prescription ne semblent ici pas faire de doute.

L’aveugle semble également avoir été bien respecté. Ni les patients ni les homéopathes ne savaient quel participant appartenait à quel groupe. Des pharmaciens indépendants étaient en charge de donner pour chaque groupe les traitements homéopathiques ou les placebo.

L’évaluation s’est déroulée sur 3 mois, ce qui est court dans ce genre d’étude sur l’insomnie. Et le plus important, les critères d’évaluations étaient discutables. Le critère principal d’efficacité reposait sur une auto-évaluation des participants sur la qualité de leur sommeil, à travers différents items.

Ces items étaient :

  1. le temps pour s’endormir
  2. le temps éveillé au milieu de la nuit – autrement dit la “véritable insomnie”
  3. le temps réveillé trop tôt
  4. le temps passé dans le lit
  5. le temps total de sommeil
  6. la qualité générale du sommeil qui n’est autre que me temps réellement dormi sur celui voulu.

Pour l’item n°6, si vous avez dormi 7h sur 8h de prévu, alors la qualité de votre sommeil sera de 7 / 8 =0,88, soit 88%.

Le second critère d’évaluation était un index de sévérité d’insomnie. Lui aussi auto-évalué, mais avec des notes et des points en fonction de plusieurs réponses à des questions en lien direct avec la qualité du sommeil et l’aspect psychologique. Un questionnaire qui semble plus fiable pour évaluer l’insomnie, mais relégué au second plan dans les analyses de cette étude.

Pour quelles raisons ? Je ne sais pas vraiment.

Quoi qu’il en soit, à la fin des trois mois, les auteurs ont noté les changements dans les auto-évaluations des participants en fonction des groupes, placebo ou homéopathie. Ils ont comparé ensuite la différence de ces changements entre les deux groupes.

Il en ressort que tous les paramètres sont identiques entre les groupes, l’index de sévérité d’insomnie, et les items 1 à 3, sauf le reste, les items 4 à 6 en faveur du groupe homéopathie.

C’est sur la base de ces résultats positifs sur les 3 derniers items que les auteurs concluent à l’efficacité probable du traitement homéopathique individualisé au-delà de l’effet placebo, tant redouté par les homéopathes.

Mais pour comprendre la portée de ces résultats “positifs”, il faut les décortiquer plus en détail. Car des résultats significatifs peuvent être cliniquement insignifiants. C’était le cas par exemple des médicaments pour Alzheimer qui apportaient des bénéfices si infimes qu’ils n’avaient aucune pertinence clinique, en plus des risques pour la santé. D’où le déremboursement par la sécurité sociale.

Bref, on réalise que les 3 seuls items statistiquement significatifs et favorables au groupe homéopathie sont les moins “intéressants” pour définir et caractériser des troubles du sommeil.

Pour l’item n°4, les participants du groupe homéopathie ont passé 30 min de plus dans le lit que ceux du groupe contrôle. J’ai personnellement du mal à y voir un bénéfice quelconque. Ils ont dormi davantage, semble-t-il, et encore il n’y a pas eu de différence sur l’item n°2, le temps éveillé au milieu de la nuit.

Pour l’item n°5, là aussi, on se demande de la pertinence clinique de ce bénéfice. Les participants du groupe homéopathie ont gagné 30 minutes de sommeil en plus par rapport au groupe placebo.

Idem pour l’item n°6 qui n’est que le rapport entre le sommeil réel et le temps total alloué pour dormir. Un bénéfice de 33 minutes pour le groupe homéopathie sans donner plus d’information sur la qualité du sommeil.

En réalité, tous les précédents paramètres (l’index de sévérité d’insomnie et les items 1 à 3) sont les plus importants et les plus pertinents dans l’évaluation de l’insomnie. Il n’y a pas eu de différence statistiquement significative entre les 3 premiers items : le temps pour s’endormir, celui passé éveillé au milieu de la nuit et celui réveillé trop tôt.

Sur l’index de sévérité, les deux groupes ont observé une amélioration de l’évaluation de leurs insomnies avec un avantage non significatif de 3 points pour le groupe homéopathie sur une échelle de 28 points.

Ces absences de différences, ou si petites qu’on se demande l’intérêt clinique, n’auront pas été discuté par les auteurs de cet essai clinique. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Mais des éléments “troublants” existent.

Des chercheurs pro-homéopathie ?

Mais la lecture complète de l’article, et plusieurs fois, semble indiquer un parti pris des auteurs pour l’homéopathie. Comment la littérature scientifique est citée, mais aussi comment les résultats sont discutés d’une manière partiale et orientée…

Pourquoi ce manque de recul critique sur l’analyse des résultats ? Peut-être que cela est dû en partie à un biais idéologique ou plutôt un lien d’intérêt avec le fondement même de l’homéopathie. Car sur les 10 auteurs de cette étude, seulement deux sont indépendants.

Indépendant dans un sens plus idéologique que financier, car les 8 auteurs restants appartiennent tous à un département indien dédié à l’homéopathie où l’un des auteurs (Subhas Singh) en est même le directeur.

Une visite très rapide du site internet de ce département de recherche en homéopathie montre le parti pris évident pour les thèses de Samuel Hahnemann. Il est d’ailleurs expressément cité et présenté comme le “maître” dont les préceptes et découvertes sont donnés aux étudiants du département.

Dès lors on comprend mieux la rédaction relativement complaisante des résultats de cette étude clinique et l’absence d’autocritique décente, face à des auteurs qui forment eux-mêmes de futurs homéopathes.

Finalement, vous avez dans cet article tous les éléments techniques et scientifiques pour vous forger votre propre avis. Référence à l’appui en fin d’article.

Personnellement, je trouve que, malgré une tendance prononcée pour une absence d’effet au-delà de l’effet placebo, les traitements homéopathiques contre l’insomnie peuvent parfaitement intégrer votre “trousse à pharmacie” ou boîte à outils pour essayer d’aller mieux.

En l’absence de risque pour votre santé, si vous ressentez une amélioration avec la prescription de votre médecin de traitement individualisé contre l’insomnie, alors pourquoi s’en priver (et même pour vos animaux) !

Pourquoi pas une thérapie cognitive et comportementale ?

Si ni l’homéopathie ni la médecine conventionnelle ne vous convient ou ne vous séduit, alors pourquoi ne pas essayer une thérapie cognitive et comportementale (TCC) ?

Des gros mots pour définir une méthode qui s’appuie cinq fondements pour réduire le stress et l’anxiété liés à l’insomnie, les blocages liés au sommeil et tout ce qui entoure les routines pour s’endormir et la création d’une sorte de “temple du sommeil” dans sa chambre.

Ce qui est plutôt sympa avec la TCC, c’est que toutes les plus récentes méta-analyses des études cliniques sur ce sujet montrent un effet positif, et une préférence pour cette thérapie plutôt que les alternatives médicamenteuses.4 5

Vous avez donc le choix dans les interventions non pharmacologiques pour essayer de contrôler et de vous libérer d’insomnies qui peuvent avoir de mauvaises conséquences sur la santé.

À vous de jouer.


Références

1. Ernst, E. (2011). Homeopathy for insomnia and sleep‐related disorders: a systematic review of randomised controlled trials. Focus on Alternative and Complementary Therapies, 16(3), 195-199.

2. Cooper, K. L., & Relton, C. (2010). Homeopathy for insomnia: a systematic review of research evidence. Sleep medicine reviews, 14(5), 329-337.

3. Michael, J., Singh, S., Sadhukhan, S., Nath, A., Kundu, N., Magotra, N., … & Saha, S. (2019). Efficacy of individualized homeopathic treatment of insomnia: Double-blind, randomized, placebo-controlled clinical trial. Complementary therapies in medicine, 43, 53-59.

4. Trauer, J. M., Qian, M. Y., Doyle, J. S., Rajaratnam, S. M., & Cunnington, D. (2015). Cognitive behavioral therapy for chronic insomnia: a systematic review and meta-analysis. Annals of internal medicine, 163(3), 191-204.

5. Feng, G., Han, M., Li, X., Geng, L., & Miao, Y. (2020). The Clinical Effectiveness of Cognitive Behavioral Therapy for Patients with Insomnia and Depression: A Systematic Review and Meta-Analysis. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2020.

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2 commentaires
  1. Pour les allergiques à l’homéopathie !!

    Aux USA le protocole homéopathique Banerji guérit des cancers. Article “Homöopathie heilt Krebs”” dans “Raum Zei”t N° 206/2017 “Banerji-Homöopathie heilt Krebs”, article du Dr. Miguel Corty Friedrich. institut de recherche MD Anderson Cancer Center (Houston) ou “La Jolla” University of South California

    et Video “Die Krebsrevolution (raum&zeit Studio Talk)” https://www.youtube.com/watch?v=LpJmVZYSZ-g

    Et si on ne connaît pas l’allemand il existe le traducteur Google. Même s’il n’est pas parfait on comprend.

    As-tu le courage de le publier ou bien suis-je censuré ??

    1. Cher Richard,

      Est-ce vraiment faire preuve de courage que de publier ton commentaire ? Je vais laisser les internautes se faire leur propre avis, même s’il contrevient à la charte de publication des commentaires.

      Personnellement, je ne vois aucune source scientifique, la vidéo n’est même pas traduite en anglais ou en français (le traducteur automatique fait des erreurs grossières qui rendent le tout indigeste)

      Où sont les sources ? Pour un sujet aussi important que le traitement du cancer, on attend des sources solides et sérieuses. Je pense que tu seras de mon avis.

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