Dans la guerre scientifique et médiatique qui oppose les pro et les anti sur l’efficacité de l’homéopathie, on revient sur un épisode majeur : la publication du premier rapport positif australien. Ce rapport a-t-il été enterré pour cacher des effets positifs ? Éléments de réponses dans ce premier article.

Source : Freepik.com

Rebondissement, 4 ans après les faits

L’homéopathie est un sujet qui ne laisse pas indifférent. Il est même très clivant entre les utilisateurs convaincus de son efficacité, soutenus de nombreuses réussites personnelles et professionnelles, et ses détracteurs qui soutiennent l’absence de preuve d’efficacité et l’irrationalité du procédé.

Je tiens à préciser que moi, l’auteur de ce blog et de cet article, je n’ai aucun lien d’intérêt financier pour l’une des parties (industrie pharmaceutique ou firme homéopathique) et n’appartiens à aucun groupe en particulier.

J’ai longtemps été un utilisateur de divers traitement, que tout le monde peut acheter en pharmacie, mais je me suis progressivement et naturellement détaché de l’homéopathie. Pour quelles raisons ? Principalement car j’ai trouvé des solutions différentes à mes petits soucis de santé, qui me semblaient bien plus efficaces.

J’ai toujours quelques granules dans des tiroirs, mais pour moi en tout cas, l’homéopathie ne fait plus partie depuis quelque temps déjà de mon arsenal thérapeutique personnel.

Mes articles et mes réflexions sur ce sujet n’engagent donc que mon avis et mon analyse critique de la situation, avec un biais que j’estime être morale, puisque je n’ai jamais réussi à être scientifiquement convaincu de l’efficacité de cette science. Je regarde avec bienveillance les nombreux utilisateurs de l’homéopathie, qui témoignent de son efficacité, tant que cela n’entraîne pas une perte de chance pour des maladies plus graves.

J’estime qu’on peut toujours en discuter, calmement et avec des arguments, pour essayer de comprendre les débats et les controverses qui entourent cette pratique bicentenaire inventée par Hanneman.

Le rapport australien de la discorde

L’une des zones les plus brûlantes sur l’homéopathie touche à la publication d’un rapport scientifique australien sur l’efficacité de l’homéopathie, ou plutôt l’inefficacité.

Un rapport qui a eu une portée nationale et internationale, avec des conclusions peu favorables à l’homéopathie, en déclenchant la colère de toutes les sociétés savantes d’homéopathies, Australiennes et Françaises notamment.

Selon le rapport publié en 2015, l’homéopathie n’aurait pas démontré son efficacité de manière convaincante pour toutes les affections étudiées.

Les conclusions du rapport australien se voulaient définitives, et ont renforcé l’idée que l’homéopathie est inefficace comparée avec un placebo. Ce rapport est d’autant plus critiqué par les sociétés savantes d’homéopathie qu’il a servi d’argument de poids pour obtenir son déremboursement en France.

Mais ce rapport est sous le feu des critiques. Ou plutôt, une version préliminaire du rapport qui aurait été enterré par l’administration australienne car elle aurait démontré l’efficacité de l’homéopathie.

Depuis la publication du rapport final en 2015, les organisations australiennes d’homéopathie ont réussi à obtenir la publication de la première version du fameux rapport, avec les preuves de l’efficacité de l’homéopathie.

Un rapport qui a depuis fait couler beaucoup d’encre – pas autant que j’aurais pu imaginer – en particulier par l’association Safe Med qui milite pour la reconnaissance de l’importance de l’homéopathie dans la vie des Français, et son rôle médical important.

Safe Med voit dans ce rapport la preuve de l’efficacité de l’homéopathie pour au moins 5 problèmes de santé, et pas des moindres, avec notamment les fameuses otites où j’ai personnellement pu lire de très nombreux témoignages d’efficacité de l’homéopathie :

  • la fibromyalgie
  • les otites
  • les iléus post-opératoire
  • les effets secondaires des traitements anti-cancéreux (dans deux indications thérapeutiques précisément)
  • les infections respiratoires des voies supérieures

L’association pro-homéopathie rapporte les paroles de la directrice générale de l’institut de santé australien de référence (NHMRC), Anne Kelso, qui aurait fait son “mea culpa” en précisant que « contrairement à certaines affirmations, l’examen n’a pas conclu à l’inefficacité de l’homéopathie ».

La tournure des phrases et le choix des mots de Safe Med, financé par les laboratoires Boiron qui produisent des traitements homéopathiques, laissent à penser que le rapport a bien été enterré et que la directrice a été contrainte de reconnaître l’efficacité de l’homéopathie.

Ce point est sensiblement gênant car la citation n’est pas complète et tronque la suite des propos introductifs de la directrice générale de l’administration australienne.

Capture d’écran des propos introductif de la directrice générale Anne Kelso.

Car si Anne Kelso précise bien que contrairement à certaines affirmations, l’examen n’a pas conclu à l’inefficacité de l’homéopathie”, elle poursuit en affirmant que le rapport stipulait plutôt que “sur la base de l’évaluation de l’efficacité de l’homéopathie, le NHMRC conclue qu’il n’y a pas preuves sérieuses de l’efficacité de l’homéopathie sur la moindre condition de santé”.

Autrement dit, la directrice générale du NHMRC ne fait aucun mea culpa et n’apporte pas la preuve, dans ses propos, de l’efficacité de l’homéopathie, mais essaie plutôt d’être le plus clair possible sur la polémique entre le premier et le second rapport.

Ceci étant dit, ce premier rapport contient des informations très intéressantes pour les homéopathes puisqu’il rapporte des “preuves encourageantes de l’efficacité de l’homéopathie” pour les maladies et problèmes de santé listés plus haut.

L’homéopathie dans tous ses états !

Pour en apprendre d’avantage sur cette pratique, voici une liste d’articles et d’enquêtes sur ce sujet d’intérêt :

 – L’homéopathie est-elle efficace dans le monde vétérinaire chez nos animaux ?

L’homéopathie permet-elle de réduire les coûts de la sécurité sociale ?

Que dit la science sur l’efficacité ou non de l’homéopathie ?

Zoom sur l’oscillococcinum de Boiron, que vaut-il ?

Des preuves encourageantes d’efficacité enterrée ?

La tension et les suspicions se concentrent dans la disparition de conclusion favorable, ou du moins, relativement positive par rapport aux autres.

Ainsi, “des preuves encourageantes d’efficacité” de l’homéopathie pour nos 5 affections ont disparu de la version finale du rapport de 2015, alimentant ainsi abondamment les théories de censure du gouvernement australien pour cacher les effets positifs de l’homéopathie.

Mais comment aborder la lecture et critique sereine de ce premier rapport et sa comparaison avec le rapport final publié en 2015 ?

Un rapport préliminaire

Dans un premier temps, je pense qu’il est sage de garder en mémoire que ce type de rapport, préliminaire et toujours en cours de validation, peut susciter toute sorte de réactions, et générer ce genre de problème.

Je n’ose imaginer la tête de mes évaluateurs s’ils avaient pu lire les versions intermédiaires de ma thèse… Les versions préliminaires sont faites pour être préliminaires, amendées, corrigées et discutées notamment en collégialité dans le cadre d’évaluation publique.

Ces différences illustrent selon moi, au moins dans un premier temps, le parcours nécessaire d’analyse et de rédaction dans l’administration. Je pense qu’il faut aller au-delà, et c’est bien ce que l’on va faire.

Des termes subjectifs

Dans un second temps, on peut débattre sur les termes choisis et leur portée. En l’occurrence, utiliser le terme de “preuves encourageantes” veut à peu près tout et rien dire. Personnellement, je ne pense pas avoir le même niveau de “preuve encourageante” que les auteurs de ce premier rapport.

Par exemple, je pense qu’une étude prospective de cohorte, observationnelle donc et de qualité, est une preuve encourageante qui devrait être (si c’est possible) confirmée par des études randomisées.

Je pense que le choix de ces termes va donc varier en fonction des personnes, des biais personnels, des différentes grilles de lectures propre à chacun. C’est pour cette raison que les évaluations de la littérature scientifique se basent – autant que possible – sur des grilles objectives.

Des grilles qui se basent sur la nature des études (essai clinique ou cas-contrôle), sur la taille des échantillons, l’hétérogénéité des résultats et des intervalles de confiances, etc., etc.

Je pense donc qu’il faut aller au-delà du seul terme utilisé qui ne traduit pas avec exactitude la réalité des études scientifiques.

Des incohérences de notation

Les grilles de notation objectives des études sont nombreuses et ont justement été utilisées par l’auteur (ou les auteurs ?) de ce premier rapport. Il a utilisé une échelle d’évaluation connue et reconnue (CEBM, Oxford) qui permet d’obtenir des grades allant de A (le plus haut niveau de preuve) à D ( le plus bas niveau de preuve).

Dans ce rapport, les études sur l’homéopathie ne bénéficient d’aucun A ni B, uniquement des C et D. Justement, si toutes les preuves scientifiques jugées comme “encourageantes” pour certaines affections ont reçu un C, de nombreuses autres ont reçu la même note assortie de mentions plus négatives (inefficace ou ambiguë).

Capture d’écran du sommaire du premier rapport australien sur l’homéopathie avec les différentes notes et commentaires pour chaque affection étudiée.

Comment expliquer ce décalage entre les différentes affections ? Le comité exécutif du NHMRC a produit des annotations qui illustrent ce contraste entre les notes et les conclusions de l’auteur du rapport.

C’est d’autant plus surprenant que la catégorie C de cette grille d’évaluation fait référence à des études de cas-contrôle ou cas-témoin, qui sont tout au fond du panier en termes de puissance des preuves scientifiques.

Pour en savoir plus sur les études scientifiques et ces fameuses échelles de preuve, lisez les articles suivants :

 – Comprendre une étude scientifique

 – Les différents niveaux de preuve en science

Comment essayer de trancher ?

Cette première analyse, préliminaire et en superficie, ne permet pas de se faire un avis objectif sur la qualité et la portée des études “encourageantes” sur l’homéopathie et nos 5 affections pour lesquelles elle serait efficace.

On va revenir dans les prochains billets sur chaque affection pour mesurer la qualité et la portée des résultats scientifiques, et ainsi les confronter aux différents avis des rapports australiens chacun aura donc la possibilité de se forger un avis et d’y voir la preuve ou non de l’efficacité de l’homéopathie.

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3 commentaires
  1. “La tournure des phrases et le choix des mots de Safe Med, financé par les laboratoires Boiron qui produisent des traitements homéopathiques, laissent à penser que le rapport a bien été enterré et que la directrice a été contrainte de reconnaître l’efficacité de l’homéopathie.”

    C’est plutôt “inefficacité”, ici…

  2. Bonjour Jérémy,

    RELEXION.

    J’ai de gros problèmes avec tes raisonnements uniquement basés sur des preuves scientifiques béton. Si ces expériences sont nécessaires elles sont pourtant limitées, elles aussi. Difficile d’admettre de nos jour qu’une composante “subtile” n’existe pas, bien au contraire. oui elle est difficile de mette en évidence scientifiquement ainsi que son action sur l’homme. De là à prétendre qu’il n’y pas de preuve scientifiquement donc il s’agit d’un placébo ?? Exemple, depuis des millénaires il est impossible de prouver le “sentiment d’amour” alors qu’il existe bel et bien et que son action sur le cerveau vient enfin d’être mis en évidence mais toujours pas le sentiment en lui-même que est et reste un élément subtil.

    Arrête d’être un “scientifique psycho rigide” Remets-toi en question et admet enfin que l’homme n’a pas accès à tout, qu’il ne peut pas toujours tout prouver, savoir et que des composantes existes bel et bien. Des milliers de témoignages ne valent-ils pas une étude scientifique béton ??

    Bien amicalement.

    Richard.

    1. Cher Richard,

      Merci pour ce commentaire. Je ne pense pas être un “scientifique psycho rigide” comme tu le soutiens sans remise en question. Je pense être plutôt dans la situation opposée : c’est à dire que je suis prêt à remettre mes croyances et mes opinions en question, à changer d’avis si des preuves arrivent à me convaincre.

      C’est peut-être là où nous ne nous rejoignons pas : j’ai besoin de preuve sérieuse pour être convaincu, ce que j’estime être plutôt une bonne chose… Chacun en sera juge. Je ne me laisse pas convaincre facilement, et reposer sur des études “béton” comme tu dis me semble être plutôt sage que l’inverse.

      Ne penses-tu pas ?

      J’ai quand même précisé avoir été utilisateur d’homéopathie il fut un temps, et je fais d’autres choses qui ne sont pas vraiment soutenu par des études scientifiques rigoureuses ou en “béton” (comme la méditation, ou l’interprétation des rêves, le langage corporel, etc.)

      Je suis bien conscient qu’il y a énormément de choses que la science ne peut pas expliquer, ni comprendre et que des choses nous échappent. C’est un fait, et j’en suis bien conscient.

      Concernant les témoignages, il y a autant de témoignages positifs que négatifs, du coup comment tu choisis, comment tu tranches ?

      Pour répondre à ta question, en effet, je ne pense pas que des “milliers” de témoignages valent une étude scientifique rigoureuse, et nous avons tellement d’exemple de croyance populaire scientifiquement non soutenue pour être très prudent avec ces témoignages.

      A te lire,
      Amitié,

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