Si vous voyez souvent passer des articles de la presse disant “une étude dit que…” sans vraiment savoir ce que sont ces études. Voici un article pour découvrir les entrailles, pas si mystérieuses que ça, des fameuses études scientifiques.

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Elles sont à la base de nombreuses choses, à la racine de nombreuses solutions et problèmes (comprendre quelque chose à résoudre, mais aussi de vrais problèmes) de notre monde d’aujourd’hui. Les études scientifiques usent et abusent d’un langage abscons et d’une méthode obscure, tout en franchissant par moment les portes des salles de presses.

J’utilise énormément sur Dur à Avaler les études scientifiques. Elles sont quand même à la base de mon crédo : confronter les conseils nutritionnels et médicaux aux preuves scientifiques. J’y accorde une grande importance.

Une grande importance pour à la fois l’utiliser comme il se doit, en apportant les conseils et les informations les plus fiables et les plus bénéfiques pour la santé de tous, et pour la rejeter quand elle se trouve être biaisée, frauduleuse ou incomplète.

Ce n’est ni blanc ni noir, ce serait bien trop simple et vous le savez. Pour démystifier un peu les études scientifiques, voici un article pour en apprendre un peu plus sur elle : leur structure ou leur code pour mieux les comprendre et se les approprier.

Elles sont dans l’immense majorité écrites en anglais. Sur ce point-là, je ne pourrais malheureusement pas vous aider, mais vous rassurer plutôt, car si le langage scientifique peut être technique, il reste simple.

Les entrailles d’une étude scientifique

Le journal, le titre, les auteurs

La première chose que vous verrez d’une étude sera son titre, et cela tombe bien, car l’avez probablement choisie pour ça ! Le titre est important pour faire passer un message et améliorer les chances que le lecteur trouve une étude.

Le titre est savamment discuté par les auteurs, ne l’oubliez pas. Il est rarement choisi au hasard. Parfois, le titre est trompeur et simplifie à outrance les résultats obtenus.

Mon conseil plus qu’évident : ne vous basez pas sur le titre d’une étude pour soutenir une position, vous ne tiendrez pas deux minutes dans un débat.

Les auteurs viennent ensuite, et l’ordre est important. Les places les plus importantes sont la première et la dernière, que l’on attribue à celui qui doit être mis en avant et qui a le plus travaillé (en théorie) et au directeur du laboratoire (en général).

C’est donc la guéguerre dans les laboratoires pour être soit le premier ou le dernier, au milieu c’est un peu la déception. Encore que cela dépend des journaux, car avoir son nom dans un Nature ou un Science, c’est toujours sympathique sur le CV !

Ce qui est bien avec la description des auteurs, c’est que vous aurez toujours (du moins depuis quelque temps) une adresse mail pour joindre un auteur (souvent l’auteur principal). Ils ne répondent pas toujours, ni très rapidement, mais c’est une chance de pouvoir obtenir des réponses et demander l’étude si elle est payante.

Vous aurez également l’affiliation des auteurs, c’est à dire le nom et l’adresse des laboratoires. Pratique pour repérer un professionnel de l’industrie pharmaceutique d’entrée de jeu ou une prestigieuse université, si cela vous importe.

Ensuite, c’est la foire aux mots-clés, pas très important pour nous mais plutôt pour les moteurs de recherche et les bases de données et l’abstract ou le résumé.

Voici le début d’un article sur la vitamine B12 et le mythe de la carence inexistante sans supplémentation (avec un régime végétalien que je vous encourage à lire !) où l’on peut voir le début classique de toute publication.

Le résumé ou  abstract

Le résumé… C’est ce petit paragraphe où le scientifique se transforme en commerciale du dimanche pour tenter de vous vendre sa soupe insipide qu’il trouve parfaite et délicieuse.

C’est ce petit paragraphe qui vous en dira suffisamment pour attirer votre attention, mais pas assez pour avoir les détails de la méthode, des résultats et de la discussion.

Le résumé est un piège pour toutes les personnes qui pensent reproduire fidèlement les trouvailles d’une étude sur sa seule lecture. Les auteurs sont limités en nombre de mots, environ 250, et doivent impacter votre esprit quitte à dire des bêtises.

Autrement dit, même si les résultats sont moyens et peu généralisables, les résumés auront tendance à tracer de gros traits au feutre indélébile. Comme les résumés sont majoritairement la seule chose que vous pourrez lire de l’étude, l’opinion définitive sera biaisée et incomplète.

Et certains vont loin, trop loin. Une équipe française de rhumatologie a montré le vice des résumés dans une analyse pour le moins révoltante. Sur la centaine d’études passée au crible, 23% avaient des conclusions trompeuses qui n’étaient pas soutenues par les résultats (il faut le faire).

On parle en langage technique de “spin” en science. Cette pratique est malheureusement plutôt répandue dans les essais cliniques en biomédicale, avec comme autres spins très courant :

  • mélanger des résultats significatifs et non significatifs
  • utiliser des termes de causalité sans en apporter la preuve (oui j’ai lu toutes les études citées en entier… je ne vais pas me tirer une balle dans le pied !)

Des méthodes peu recommandables qu’on retrouve en psychiatrie ou en nutrition, avec toutefois des résultats encourageants sur la conduite des scientifiques face à ces stratégies, qui accordent moins de validité pour les résumés exagérés.

Mon conseil : se baser sur la seule lecture du résumé est une erreur et ne vous fera pas tenir 5 minutes dans un débat également (et ce conseil est valable pour la conclusion qui reprendra les mêmes codes). Trouvez le moyen d’avoir l’étude complète :

  1. l’acheter (si vous en avez les moyens)
  2. la demander aux auteurs
  3. la trouver sur internet, dans des sites ou autre
  4. la télécharger sur des sites dédiés

Vous souhaitez vous procurer des études scientifiques “inaccessibles” ? 

Découvrez mon article complet qui aborde le scandale de l’édition scientifique et les moyens pour trouver (illégalement) des études scientifiques. Pratiquement toutes les études scientifiques (article régulièrement mis à jour avec de nouvelles astuces !)

L’introduction

C’est la partie de l’article la plus simple et la plus difficile à écrire. Chaque scientifique ou universitaire aura sa propre vision de l’introduction : celle à rédiger dès le début ou bien à la fin. Peu importe, tant que le job est fait correctement.

Ce job consiste à présenter son sujet, les principaux travaux déjà réalisés et exposer les questions et hypothèses de travail. Les introductions sont réellement enrichissantes quand elles sont complètes et impartiales puisqu’elles nous apporteront une vision d’ensemble de ce qu’il faut savoir.

C’est utile dans le traitement d’une controverse scientifique pour lire les papiers (l’autre petit nom des études) pro ou anti.

L’introduction n’est donc pas une nécessité à lire pour comprendre l’article. On peut y revenir plus tard pour découvrir les autres travaux ou se familiariser avec le sujet si on ne le maîtrise pas trop. Des définitions essentielles y sont souvent apportées. Ça fait plaisir quand même.

Pour aller plus loin : comprendre un peu mieux les “méta-analyses” ou méta-études.

Un article pour vous aider à y voir plus clair sur ces études qui sont très populaires, très puissantes mais dont il faut aussi se méfier et interpréter avec attention !

La méthode

La partie la plus froide, calibrée et sûrement la plus importante de l’article. On s’y attarde une fois les résultats et la discussion lu, ou bien avant pour les plus téméraires.

Elle est censée décrire avec suffisamment de précisions les travaux réalisés pour qu’une équipe à l’autre bout de la planète puisse la reproduire.

C’est rarement le cas. C’est bien dans la méthode que vous allez trouver toutes les limites, petits problèmes et points forts d’une étude.

  • Est-ce que les participants ont été randomisés (répartie aléatoirement pour obtenir des groupes comparables) ? Si oui, comment ?
  • Quelles analyses statistiques ont été réalisées ? Quels modèle et paramètre ? Quel logiciel ?

Ce n’est pas la partie la plus palpitante de l’article et bien souvent on la rédige en premier, car elle est là avant d’obtenir les résultats et les avoir discutés. En gros, on s’en débarrasse le plus rapidement possible.

Mais elle revient nécessairement sur le devant de la scène, surtout si vos résultats sont fantastiques ou à contre-courant. Alors là, attendez-vous à voir votre étude passer sous la moulinette scientifique pour y trouver le moindre grains de sable, et faire dérailler tout votre argumentaire…

Les résultats

Voilà une partie qui devient plus intéressante et beaucoup plus digestes. Les résultats. Ne vous attendez pas à y passer du temps, en règle général, on expédie les résultats rapidement. La règle étant de ne faire aucune interprétation, d’être le plus froid et neutre possible, car ce serait empiéter sur la partie suivante.

Les résultats vous permettront d’avoir une vue sur l’effet des traitements, des régimes, des médicaments sur des participants ou autre chose. La présentation sera importante. Les grands tableaux indigestes et les graphiques complexes s’entremêlent dans une dance confusante.

Les légendes des figures sont chargées et c’est normal. Même si chaque journal aura sa propre ligne éditoriale pour chaque partie, les légendes doivent être comprises sans le texte autour : être indépendantes.

C’est bien après avoir lu cette partie-là, et la méthode, que vous pourrez forger votre premier avis sur la portée et la fiabilité des résultats (nombre de participants, différences statistiques, etc.)

La discussion

C’est la partie généralement la plus longue (même si les parties doivent être relativement équilibrées), la plus pointue et riche de référence. Les auteurs vont s’attarder à interpréter leurs résultats, et les comparer aux autres.

Non, la question n’est pas de savoir qui a la plus grosse mais bien d’apporter les explications les plus plausibles et de faire une critique constructive du travail des autres et du sien !

Oui, les scientifiques aiment l’auto-flagellation et c’est généralement bon signe dans un papier. Pourquoi ? Car une étude “parfaite” sans problème n’existe pas. Il y a toujours une murène sous le rocher.

Cette partie vous permettra d’aller encore plus en profondeur, de découvrir les résultats des principales études faites sur ce sujet et d’avoir aussi l’avis des auteurs.

C’est ici que l’on va trouver l’essence même du papier, la partie justement la moins accessible (car souvent payante), la plus longue (mais pas toujours) et la plus technique.

Pour moi, une discussion trop brève, sans référence et sans auto-critique sont des signaux d’alerte d’un travail fait un peu trop rapidement et qu’il faudra éplucher dans le détail.

Voici par exemple la capture d’écran d’une discussion d’une étude scientifique sur la santé des dents des chats sauvages et des chats domestiques.

Cette étude a été longuement analysé dans mon article sur la maladie parodontale et vous montre ce qui doit vous alerter :

  1. un texte (trop) brèf
  2. une absence d’auto-critique (et pourtant ce travail est loin d’être parfait)
  3. une absence de référence scientifique (il existait pourtant des travaux déjà publiés)

Trois paragraphes ce n’est pas sérieux. L’étude dans son ensemble est de mauvaise qualité, avec des problèmes de syntaxes, des oublis dans la méthode, etc.

Pour mesurer la différence, regardez (rapidement et en diagonale) cette étude sur les corps cétoniques et le cancer. Allez voir la partie discussion, importante, référencée et qui contraste fortement avec l’étude précédente.

Attention, ce n’est pas un gage de qualité non. On peut noircir du papier, même sous couvert de la science, pour raconter des âneries. Nous avons pas mal d’exemples de tromperies volontaires des journaux scientifiques qui le démontrent.

On pourra retrouver dans cette partie la conclusion ou dans une autre à partie. Peu importe, c’est l’abstract en plus court. La conclusion n’a pas beaucoup d’importance.

Devenir végétarienne ne sert à rien ! Provocateur ?

Laissez-vous tenter par cet ancien article qui vous permettra de mieux comprendre ce que l’on peut faire dire ou ne pas dire à des études scientifique. Ce sera une étape supplémentaire pour découvrir les aléas statistiques et les interprétations diverses et variées !

Les remerciements, conflits d’intérêts et financement

Vous êtes arrivé à la fin… bravo ! Les traditionnels remerciements avertissent de la fin de ce travail. Vous pourrez y trouver des informations parfois importantes : un laboratoire remercié pour des dons ou autres choses, une personnalité controversée, tout est possible !

Bien sûr, la déclaration d’intérêt doit être aussi présente à la fin du papier. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas, et pire, elles sont bien souvent incomplètes. Les financements de l’étude se retrouvent généralement là, mais parfois dans la première page aussi, et permettent de savoir indépendance il y a .

C’est important puisque si un sponsor finance une étude sur son traitement ou son produit, il aura plus de chance d’avoir des résultats positifs ! Méfiance donc, mais je ne vous apprends rien !

Et ici une petite illustration d’une étude sur le régime cétogène et le cancer que j’ai utilisé pour la rédaction des nombreux articles sur sujet, avec notamment :

Les références

C’est en réalité l’ultime partie d’un article, avec la liste de toutes les références scientifiques citées dans le papier. Cette partie vous permettra de retrouver toutes les études intéressantes qui ont été mentionnées ou discutées dans le papier en cours.

Il y a comprendre et comprendre

Alors bien sûr, connaître les différentes parties d’une étude scientifique ne vous permettra pas nécessairement de la comprendre. Ce n’est pas non plus une chose facile tant le langage peut décourager mais aussi les méthodes longues, ennuyeuses et souvent complexes.

L’objectif est peut-être de se familiariser. De prendre l’habitude ou d’essayer de lire quelques travaux sur des sujets qui nous intéressent et de comparer son interprétation que l’on peut faire avec une autre personne de confiance et compétente. Ça pourrait être un moyen intéressant pour vérifier ce que vous avez raté, et confirmer ce que vous avez bien compris/pas compris.

Car il faudrait des dizaines et des dizaines d’articles pour décortiquer plus en détail les entrailles des papiers scientifiques, avec les différents tests statistiques de références, les différentes méthodes…

Un article sera prochainement publié avec quelques définitions et explications de base pour se débrouiller dans ce monde académique et universitaire. Quoi qu’il en soit, il n’est jamais trop tard pour s’y intéresser et jamais trop tard pour analyser ces fameuses études scientifiques !

Quoi qu’il en soit, nous avons de sérieuses raisons de faire confiance à la science, mais aussi de s’en méfier. Ce n’est rien de plus qu’un outils pour nous aider à comprendre le monde et échanger entre nous.

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