Et si nous pouvions guérir tous les cancers par un moyen simple et non toxique ? Voici un nouveau volet dans l’enquête sur la fameuse enzyme SCOT avec des rebondissements scientifiques et des suspicions de méconduite scientifique.

Source : Freepik.com

Voici les principaux articles publiés sur ce sujet :

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  2. Le régime cétogène nourrit-il les cancers ?
  3. Le régime cétogène contre le cancer est-il une mauvaise idée ?
  4. Inhiber l’enzyme SCOT : le “nouveau” traitement miracle contre le cancer ?

SCOT : la piste la plus prometteuse pour le traitement du cancer ?

L’histoire autour de l’enzyme SCOT (baptisé OXCT en anglais dans les publications scientifiques) s’est hissée au rang de véritable saga, tellement les rebondissements sont nombreux et intéressants.

Un rappel des faits s’impose, surtout pour les lecteurs qui découvrent le sujet.

Un duo de chercheur français, Maurice Israël et Laurent Schwartz, a publié une étude scientifique fin janvier pour alerter la communauté scientifique des dangers du régime cétogène chez les malades du cancer.

Cette étude a pu bénéficier du relais médiatique de Guy Tenenbaum alias “le samouraï” sur sa chaîne YouTube, avec le concours de l’un des co-auteurs, le docteur Schwartz lui-même.

Pour la petite histoire, la vidéo initiale publiée sur la chaîne Cancer Therapy sur les dangers du régime cétogène était une affirmation, sans point d’interrogation.

Depuis les nombreuses incompréhensions, de l’eau a manifestement coulé sous les ponts avec l’ajout subtil d’un point d’interrogation. Cela fait moins catégorique.

Contrairement à la vaste majorité des études scientifiques qui rapportent des effets bénéfiques du régime cétogène sur l’évolution du cancer, l’étude française prend le contre-pied et nous avertit qu’une telle alimentation pauvre en glucides est en réalité dangereuse.

Dangereuse, car les cellules tumorales se nourrissent très bien des fameux corps cétoniques, ce carburant crée par notre organisme en l’absence de glucose, quand nous passons en état de cétose.

Les cellules tumorales ont bien la possibilité de le faire grâce à des enzymes bien connu du monde médical et scientifique, et notamment la sulfureuse enzyme SCOT. Fort logiquement, en bloquant l’action de l’enzyme SCOT, on empêche les cellules tumorales d’avoir accès à ce précieux carburant.

Le cancer ne pourrait que dépérir.

La théorie est bien sûr alléchante, et bénéficie de mécanismes biochimiques explicatifs sérieux. Mais elle a aussi du plomb dans l’aile.

Du moins, l’idée de mettre fin à tous les cancers par l’inhibition de SCOT ne fait pas l’unanimité… sauf pour notre duo français et les influenceurs qui veulent bien y croire.

Car cette étude publiée, dans une revue prédatrice qui à nécessité la somme rondelette de 1100 € pour paraître (ces informations ont été supprimées de la chaîne YouTube Cancer Therapy), sans relecture par les pairs ni garantie aucune de la qualité scientifique, interpelle.

À sa lecture, je fus, comme beaucoup d’autres, très surpris de voir une publication omettant (sciemment ou non, on ne le saura jamais) des études scientifiques majeures qui invalident cette hypothèse, ou du moins, qui invitent à la plus grande des prudences dans l’interprétation.

Une étude qui ne retranscrit pas correctement les résultats d’autres travaux scientifiques, mettant en avant des résultats qui valident leur hypothèse, sans expliquer le contexte bien précis et l’impossible généralisation de ces résultats. C’est ce qu’on appelle un biais de confirmation.

Cette prudence a manifestement manqué au duo français. Mais tant pis, il fallait continuer dans cette voie, et publier à nouveau, encore et encore, sur l’exact même sujet avec les mêmes figures et les mêmes arguments.

L’apothéose a été atteinte avec une nouvelle étude publiée par ce même duo, les docteurs Israël et Schwartz, dans un journal reconnu en cancérologie : l’International Journal of Cancer. Enfin.

Une étude au titre évocateur : “L’inhibition de l’approvisionnement en acétyl-CoA cétolytique des tumeurs pourrait être leur «talon d’Achille»”

Ce n’est en réalité pas une “vraie” étude, mais une lettre à l’éditeur qui ne représente pas en science un argument de poids, à défaut de véritable étude clinique, de synthèse systématique ou de méta-analyses. La lettre reprend les mêmes idées soutenues depuis le départ avec une forte similitude avec d’autres études, mais on y reviendra.

Des idées officiellement contestées

Sauf que cette lettre a été officiellement commentée et discutée par une sorte de “contre lettre” et publiée dans le même journal.

La réponse formelle et scientifique, que j’aurais voulu écrire, à Maurice Israël et Laurent Schwartz sur l’inhibition de l’enzyme SCOT est parue courant avril. Je l’avais raté et c’est Maurice Israël qui m’en a fait part.

Cette réponse n’a pas été écrite par n’importe qui, mais par l’un des scientifiques les plus connus dans le domaine de la diète cétogène et du cancer, Rainer Klement (que j’ai cité abondamment dans mes précédents articles), et sa collègue Petra Koebrunner.

Comme nous l’avons vu ensemble, si la théorie est séduisante et se base sur des mécanismes biologiques et cellulaires existants, la réalité est autrement différente.

La réponse de Reiner Klement et Petra Koebrunner pointe minutieusement toutes les lacunes de l’argumentation du duo français, et rappelle ce que j’ai pu présenter dans toutes mes précédentes analyses.

Klement et Koebrunner précise ainsi : 

“Bien que nous pensons que leur principale hypothèse selon laquelle l’inhibition du SCOT pourrait cibler les cellules tumorales mérite d’être étudiée d’avantage, nous soutenons que les données précliniques et cliniques présentées fournissent au mieux des preuves faibles pour cela et en particulier ne soutiennent pas la notion que les diètes cétogènes seraient contre-indiquées dans le traitement du cancer.”

Les auteurs allemands apportent une réponse scientifique à ce sujet, et montrent les nombreuses affirmations scientifiquement non sourcées, et la sélection bien singulière des études qui vont dans leur sens.

On parle dans ce cas-là de cherry picking, et ce n’est pas la meilleure façon de défendre sa position en science.

Fort logiquement, Klement et Koebrunner se servent en grande partie de l’étude chinoise de Zhang publiée en 2018 pour répondre à Maurice Israël et Laurent Schwartz, puisqu’elle met fortement en doute la théorie du duo de chercheurs français.

Cette lettre réponse allemande vient enfin apporter un peu d’objectivité et de clarté dans le débat sur le traitement du cancer par des voies métaboliques. Une réponse qui était attendue, et qui je l’espère, permettra à ce groupe français de mettre un peu d’eau dans son vin.

Mais, au-delà du débat scientifique qui est normal et sain, il y a peut-être plus grave. Cette saga sur SCOT et le régime cétogène n’a-t-elle pas des allures de méconduite scientifique ?

Enquête et explications.

Et si nous pouvions guérir tous les cancers par un moyen simple et non toxique ? Voici un nouveau volet dans l'enquête sur la fameuse enzyme SCOT avec des rebondissements scientifiques et des suspicions de méconduite scientifique.

Voici les principaux articles publiés sur ce sujet :

  1. Le régime cétogène contre le cancer : les preuves scientifiques
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2 commentaires
  1. Après la lecture de l’article je me pose au final cette question essentielle :
    Le sucre doit-il être supprimé dans un régime anti cancer ?
    Je sais bien que l’abondance de publications scientifiques amène malheureusement des fraudes.
    Surtout que le processus de la “révision par ses pairs” ne se fait pas et ouvre donc fatalement la porte à des tricheries.

    1. Bonjour Francis,

      La réponse n’est pas simple et non tranchée. Le processus de relecture par les pairs se fait bien souvent, mais parfois, il est défaillant ou bien ne garantie pas la qualité du travail. Il y a aussi des fraudes, mais cela représentent une minorité.

      Je vous invite à lire les articles du début de celui-ci qui répondent à vos questions !

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