La science est une arme à double tranchant. Tel le glaive romain, on brandit la science sur tous les champs de bataille des réseaux sociaux ou les forums de zététiques pour défendre son point de vue ou annihiler celui de son adversaire.

La science, personnifiée par les fameuses études scientifiques, peut habilement défendre nos croyances, convaincre un farouche contradicteur (un phénomène qui reste, soyons honnêtes, très rare) ou être utilisée contre nous même.

Elle est aujourd’hui au coeur de nombreux débats (homéopathie, vaccin, glyphosate, alimentation, etc.) en subissant les approximations, les incompréhensions et les pensées malhonnêtes de nombreuses personnes.

Par science, on entend ici “études scientifiques”, avec une démarche scientifique, des hypothèses réfutables que l’on doit vérifier. Une science qui passe par les voies impénétrables des journaux scientifiques. D’obscures sociétés qui verrouillent le savoir, et exploitent au passage les scientifiques à l’origine de ces connaissances (mais c’est un tout autre sujet que je vous invite à découvrir).

Les raisons évoquées ici de faire confiance (et de se méfier, dans l’article associé) de la science sont loin d’être exhaustives. C’est un aperçu des forces (et des faiblesses) de cet outil que chacun mijote à sa propre sauce. Les garder en mémoire pourra aider à prendre du recul face aux articles de presse commençant par “une étude a dit que…” et mieux comprendre leur implication au quotidien.

Pourquoi faire confiance à la science ?

Elle nous apporte les réponses les plus objectives

La science produit des études qui doivent être les plus objectives possible. On mesure un paramètre, une variable chez des personnes ou à travers un laser ionisant; on récupère les résultats et les différents effets; on rapporte le tout dans un “papier” scientifique, on interprète et le tour est joué.

Les études scientifiques sont censées être reproductibles n’importe où dans le monde. Une équipe américaine doit détailler avec le plus de précisions et d’objectivité possible la méthode qu’elle a utilisée pour qu’une équipe chinoise ou australienne puisse la reproduire (et la comparer).

Aujourd’hui, on peut décider de croire à des témoignages, des ragots, des “on-dit” ou bien à la science. Malheureusement, ces témoignages qui peuvent pulluler sur la toile pour vanter les miracles d’un mélange d’herbes ramassé sur le trottoir sur le cholestérol ou d’une cure pour le nettoyage de foie à base d’huile d’olive ont la crédibilité qu’ils méritent : pas grand-chose.

Les (bons) travaux scientifiques permettent justement de vérifier si ces témoignages ne sont pas le fait du hasard, de la chance, d’une entourloupe et s’ils n’apportent pas de potentiels dangers pour notre santé. Aujourd’hui, on ne trouve pas mieux pour avoir des réponses fiables sur un sujet précis.

La science et les études scientifiques sont loin d’être toutes fiables et irréprochables, et je suis le premier à l’admettre. Les témoignages sont d’ailleurs d’excellentes bases pour développer une hypothèse scientifique, la tester et en tirer toutes les conclusions.

Elle nous permet de comparer et de nous faire un avis

La méthode scientifique permet de comparer des produits de santé, des régimes alimentaires, des activités du quotidien (des étirements, de la méditation, des douches froides…) et de donner à tout un chacun les éléments pour se faire un avis.

C’est là tout l’intérêt de ces publications et travaux scientifiques : ils alimentent un débat sain, nourrissent la réflexion pour se forger un avis, avoir une opinion sur l’efficacité et la dangerosité d’un médicament.

Pour faire le pont avec le paragraphe précédent, il sera bien difficile d’avoir un avis fiable et rigoureux si on ne se base que sur un témoignage positif ou négatif, sur un ragot entendu dans un bar.

Comme pour les témoignages, une multitude d’études est requise pour se forger l’avis le plus représentatif de la réalité, si possible d’origine différente et produite de manière indépendante (voir les points suivants).

Elle est conduite par des scientifiques en majorité de bonne foi

La grande majorité des scientifiques sont de bonne foi dans leur travail. Comme le professorat, c’est une passion dévorante que de réaliser et publier des études scientifiques (même si le système actuel entretenu par les éditeurs est détestable).

Comment peut-on mesurer la “bonne foi” des chercheurs ? Par bonne foi, on entend intégrité scientifique et respect des codes de conduite. Justement, des études récentes se sont penchées sur les cas de fraudes, et nous donnent la température sur cette question.

Ce n’est qu’en 2017 qu’une étude a voulu savoir pour la première fois aux États-Unis si des statisticiens professionnels croulaient sous les demandes frauduleuses des scientifiques, pour arranger des données, les modifier, les effacer ou bidouiller les analyses statistiques pour obtenir les résultats désirés1.

Ce sont des violations éthiques graves dans l’univers scientifique, mais fort heureusement, pour les trois points les plus critiques, plus de 85% des biostatisticiens interrogés n’avaient jamais eu une seule demande en ce sens (oui il reste 15% détaillé dans l’article associé…)

Bon à savoir : tous professionnels de santé, médecins, diététiciens, scientifiques ou décideurs devraient connaître l’existence du site Retraction Watch, qui recense toutes les rétractations scientifiques avec une base de données facile d’utilisation et imposante. C’est un must pour vérifier si une étude a été dépubliée ou savoir si un auteur est déjà sous le coup d’une ou de plusieurs rétractation (un exemple à découvrir ici sur la diète paléo et l’activité physique).

Des résultats plutôt rassurants et confirmés par une étude parue en 20182, qui ne s’est intéressé qu’à un seul aspect de la recherche scientifique : les rétractations. Quand un éditeur découvre qu’une étude scientifique a été falsifiée (pour différentes raisons) ou contient des erreurs trop importantes, ce dernier rétracte l’étude en question. Autrement dit, elle est “dépubliée” et ne sera plus considérée comme valide.

Les rétractations arrivent bien sûr en science, avec des cas parfois emblématiques et extrêmement médiatisés, mais les données globales sont elles aussi plutôt rassurantes. Le pourcentage d’articles scientifiques retirés pour fraude ou suspicion de fraude ne dépassait pas 0,01% entre 2005 et 20083.

On observe malgré tout une tendance à la hausse depuis la fin des années 904. La pression sur le milieu académique pour obtenir des résultats exceptionnels et positifs y est probablement pour quelque chose…

Evolution du pourcentage d’articles rétractés pour fraude ou suspicion de fraude. Si les chiffres sont pour le moment faibles, la tendance est à la hausse. Source de la figure : Fang, F. C., Steen, R. G., & Casadevall, A. (2012).

Les études sont relues par les pairs

Le processus de publication scientifique repose sur un système qui tourne en boucle où le chercheur sera à la fois à l’origine de la production du savoir académique et de son évaluation. C’est la relecture par les pairs ou le peer-review.

Tout bon journal doit avoir un système de relecture par les pairs (des reviewers) qui permet de trier le bon gras de l’ivraie. Les plus grosses erreurs ou les études les moins rigoureuses ne passent généralement pas le stade de la relecture (à noter que bon nombre études ne passent bien souvent pas le premier stade, celui de “l’éditeur”, le grand chef, aussi bien pour des raisons éditoriales que méthodologiques).

Le peer-review est en quelque sorte le garant d’une certaine intégrité et rigueur scientifique. Si il est important, le contrepoint associé vous apportera les éléments dérangeants et inhérents au peer-review. Il est loin d’être parfait, bien au contraire, et peu de monde connaît finalement son apparente fragilité.

Elles améliorent les pratiques médicales et nutritionnelles

La science, lorsqu’elle est bien faite avec des chercheurs de bonne foi qui n’essayent pas de falsifier leurs données permet d’améliorer les pratiques médicales aussi bien dans les prescriptions thérapeutiques que nutritionnelles.

À titre d’exemple, les stents en cardiologie sont utilisés pour élargir mécaniquement des artères qui irriguent le coeur et qui permettraient de réduire les douleurs et même le risque d’infarctus dans l’angor stable. Si des études pionnières ont bien montré l’intérêt du dispositif médical, généralisant à outrance son utilisation, des travaux contradictoires plus récents, et autrement plus solides ont montré l’inverse. Le stent ne ferait pas mieux qu’un placebo. Une situation abordée dans le détail dans mon ouvrage Santé, mensonge et (toujours) propagande.

Bien souvent, les grandes méta-études indépendantes qui analysent globalement des dizaines et des dizaines d’études viennent remettre en question certaines pratiques médicales, l’efficacité de thérapies ou médicaments particuliers ainsi que leur innocuité (des méta-études que l’on peut critiquer bien sûr).

En voici plusieurs exemples :

Qui dit amélioration des connaissances scientifiques ne dit pas forcément changement des pratiques médicales, au sens noble du terme, avec les grandes recommandations des autorités de santé. Malheureusement, l’inertie est parfois de rigueur, cela est détaillé dans l’article associé qui présente les méfaits et les raisons de la méfiance.

La science : qu’avons-nous de mieux ?

Mais quelle mouche m’a piqué pour faire un article aussi dithyrambique sur les études scientifiques ?

Je suis le premier dans les colonnes de Dur à Avaler à décortiquer, critiquer et pointer du doigt les problèmes des études scientifiques, avec ici un bel exemple sur l’effet de la consommation de viande sur la santé. Mais je suis aussi le premier à l’utiliser pour défendre un point de vue, vanter les bienfaits d’un régime alimentaire ou d’une thérapie spécifique. Moi aussi je le veux ce glaive pendant les batailles !

Les études scientifiques nous apportent des éléments de réponses pour comprendre notre environnement et les nombreuses interactions que nous entretenons avec lui : notre nourriture, nos médicaments, notre santé, nos moyens de locomotions, nos forêts et nos réserves en eaux…

Elles ne doivent donc pas être érigées en preuves absolues et irréfutables (ce serait même une contradiction flagrante avec la méthode scientifique) mais utilisées comme des outils pour essayer d’aller mieux.

Ce premier article volontairement optimiste n’est pas non plus un plaidoyer contre les expériences personnelles ou les témoignages spontanés, souvent miraculeux. Les récits miraculeux sont généralement truffés de biais en tout genre qui rendent délicat, voire impossible, d’en tirer de solides conclusions. Mais attention, la science possède ses biais elle aussi, et ils sont nombreux (je n’oublierais pas de parler des liens et conflits d’intérêts) ! Ils seront justement détaillés dans l’article associé.

Avant la publication de l’article associé qui présentera l’ensemble des contrepoints soulevés, j’espère que cet article lancera un débat sur les aspects abordés et non.


Références

1. Wang, M. Q., Yan, A. F., & Katz, R. V. (2017). Identifying bioethical issues in biostatistical consulting: findings from a US national pilot survey of biostatisticians. BMJ open, 7(11), e018491.

2. Wang, M. Q., Yan, A. F., & Katz, R. V. (2018). Researcher requests for inappropriate analysis and reporting: A US Survey of consulting biostatisticians. Annals of internal medicine, 169(8), 554-558.

3. Fang, F. C., Steen, R. G., & Casadevall, A. (2012). Misconduct accounts for the majority of retracted scientific publications. Proceedings of the National Academy of Sciences, 109(42), 17028-17033.

4. Steen, R. G. (2011). Retractions in the scientific literature: is the incidence of research fraud increasing?. Journal of medical ethics, 37(4), 249-253.

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3 commentaires
  1. Hélas ! comme ancien professionnel de la santé je suis moins optimiste que toi. La science indépendante et crédible : OUI mais……… Les pressions exercées sur les scientifiques sont de plus en plus importantes même à haut niveau et les conflits d’intérêts majeurs. Peu de scientifiques résistent encore à de gros pécules, voir de très hauts pécules pour abonder dans un sens ou dans l’autre. J’avais en son temps un Prof. universitaire qui disait “Pour savoir si une étude scientifiques est valable et crédible il faut toujours remonter à la source pour savoir qui l’a financée”

    1. Bonjour Richard,

      Les conflits d’intérêts sont à prendre en considération et sont malheureusement de plus en plus présent. Ce sera le sujet du prochain article, qui fait le contre-pied de celui-ci pour équilibrer la balance. Et il est clair que la science est en pleine crise. Crise de reproductibilité, de financement, d’éthique… C’est malheureux que le secteur public ne puisse pas d’avantage soutenir la recherche !

      1. Bonjour l’ami,

        Oui Jérémy, bien vu.

        Je pose quand même une autre question concernant la validité QUE scientifique seule. L’expérience de centaines de médecins qui constatent les mêmes effets bénéfiques ou toxiques d’un médicament, d’un complément alimentaire, d’une thérapie X….. n’est-elle pas aussi valable qu’une étude scientifique ?? Les chinois ont survécus avec leur médecine traditionnelle, le plus souvent sans preuve scientifique, pendant des centaines d’années. Alors dans ce cas on jette le bébé avec l’eau du bain ??

        Bonne année 2020, que le meilleur t’arrive et à l’année prochaine.

        Richard.

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