L’IHU de Marseille sous la direction de Didier Raoult publie une nouvelle étude très favorable à l’association médicamenteuse d’hydroxychloroquine et d’azithromycine.

Capture d’écran de la vidéo YouTube du professeur Didier Raoult où celui-ci présentait la “fin de partie” pour la Covid-19.

Alors que la vaste majorité de la communauté scientifique a laissé de côté la fameuse hydroxychloroquine pour soigner les malades du Covid-19, le patron de l’IHU de Marseille signe un nouvel article vantant son intérêt pour limiter les décès (1).

L’équipe médicale de Didier Raoult démontre une nouvelle fois dans une cohorte marseillaise de plus de 10 000 patients que l’association d’hydroxychloroquine (HCQ) et d’azithromycine (AZT), un antibiotique bien connu, réduite de plus de 80 % la mortalité contre l’absence de traitement.

Le papier scientifique est signé par tous les proches collaborateurs du directeur de l’IHU de Marseille. On pourrait s’étonner pour autant du choix de la revue scientifique spécialisée en cardiologie alors que nous parlons d’une infection virale.

L’équipe marseillaise persiste et signe pour attester de l’intérêt de cette bithérapie grâce à des taux de mortalité très bas dans les hospitalisations de jour du centre de recherche en infectiologie et microbiologie.

Une étude qui relance encore un peu les débats scientifiques passionnés autour de ce sujet. Car l’HCQ en association avec l’AZT a bénéficié d’un nombre incroyable de ressources humaine et médicale.

C’est probablement la bithérapie la plus étudiée avec la crise de Covid-19.

On peut retrouver plus de 350 études relues par les pairs sur ce sujet. C’est colossal.

Malheureusement, cette nouvelle preuve scientifique de l’intérêt de cette bithérapie est une copie conforme de toutes les précédentes études produites par l’IHU de Marseille.

Une copie qui traîne toutes les tares et limites des études précédentes, dont les principales sont reconnues par Didier Raoult et son équipe.

La bithérapie, envers et contre tout ?

L’étude marseillaise pilotée par Didier Raoult et Matthieu Million fait partie des plus bas niveaux de preuve en science.

L’étude est rétrospective.

C’est à dire que l’on va retourner dans le passée pour tenter d’y déceler un paramètre qui pourrait expliquer qu’un groupe décède moins du Covid-19 qu’un autre.

L’équipe de l’IHU de Marseille regarde bien entendu qui a pris de l’HCQ et de l’AZT précocement.

En faisant cela, ils arrivent à extraire des données très flatteuses pour la bithérapie avec une mortalité extrêmement faible dans ce groupe-là.

La question qui est bien sûr au bout de toutes les lèvres : est-ce que cela est une preuve de l’efficacité de la bithérapie ?

Oui et non.

Oui, car les données sont bien là.

Non, car les limites et problèmes dans les groupes sont aussi présents, et plutôt préoccupants.

Des groupes incomparables

Suffisamment préoccupant pour que l’équipe y dédie un paragraphe entier dans l’étude afin d’avertir les lecteurs et la communauté scientifique.

Je cite in extenso les propos de l’équipe marseillaise :

« La principale limite de la présente cohorte est son manque d’évaluation des comorbidités. Les patients ne recevant pas d’HCQ ont tendance à être plus âgés et à avoir plus de comorbidités, et bien que nous ayons pu contrôler l’âge et le sexe, la présente étude n’a pas été ajustée pour d’autres comorbidités clés et peut être biaisée en conséquence. »

On apprend que seuls l’âge et le sexe ont été pris en compte pour comparer nos deux groupes soumis ou non à la bithérapie.

Or, et c’est en réalité une banalité dans les études de l’IHU de Marseille, les personnes recevant la bithérapie sont en bien meilleure santé que les autres… la raison qui pousse probablement à leur prescrire la fameuse thérapie.

Les malades qui réussissent à obtenir l’association HCQ et AZT sont plus jeunes et possèdent moins de comorbidités que les autres.

Nous savons désormais avec une certitude extrêmement forte que c’est pourtant ces deux paramètres les plus importants pour évaluer la gravité de la maladie.

D’ailleurs l’équipe marseillaise ne s’y trompe pas quand elle parle de paramètre clé. C’est bien le cas.

Et dans ce cas c’est rédhibitoire. Comment peut-on sereinement conclure que l’effet que l’on observe est bien celui de la bithérapie ou des caractéristiques fortement plus favorables des participants ?

C’est impossible.

Surtout que les raisons de ne pas prescrire l’HCQ et l’AZT ne sont pas claires du tout. L’IHU de Marseille précise dans sa publication que plus de 800 patients n’ont pas reçu la bithérapie, dont les raisons sont présentées dans une annexe que l’on doit télécharger.

Une fois le téléchargement fait, on peut y lire que nous n’avons aucun détail sur les raisons de cette exclusion dans 46 % des cas.

Nous ne savons pas vraiment pourquoi ces personnes n’ont pu recevoir le sulfureux traitement.

Le protocole « Raoult »

J’étais revenu dans le détail en juin 2021 sur les études ayant évalué le protocole « Raoult ». C’est-à-dire une association d’HCQ et d’AZT initiés le plus tôt possible, avec des doses correctes et avant la dégradation trop importante de l’état de santé des malades.

Aucune étude clinique ne remplissait à la perfection toutes les cases. Aucune étude n’est parfaite non plus, cela n’existe pas.

Mais les maigres études dont je vous invite à découvrir le détail ne faisaient état d’aucun bénéfice sur la mortalité ou les hospitalisations des malades de Covid-19.

Des résultats décevants qui auraient pu être prévus quand nous avions eu vers juillet 2020 un ensemble de preuves solides ne trouvant pas d’effet antiviral et anti-inflammatoire sur des modèles animaux et des lignées cellulaires pulmonaires humaines.

Quoi qu’il en soit, l’IHU de Marseille ne semble pas vouloir s’arrêter de croire aux bénéfices de la bithérapie malgré les importantes limites méthodologiques et les gros problèmes dans la création de leur groupe à comparer.

Des limites reconnues par les auteurs, mais qui ne les empêchent pas de conclure avec certitude sur le rôle et l’intérêt de la bithérapie.

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2 commentaires
  1. Bonjour,

    votre explication est claire mais elle a un biais, tout comme les études scientifiques… quels sont les conflits d’intérêt des scientifiques qui font les études et qui financent ces études ? Ce n’est jamais (ou que très rarement) indiqué par les auteurs des études…
    C’est la première question que je me pose désormais quand j’entends parler d’études scientifiques car il est devenu évident que le but des grandes entreprises pharmaceutiques n’est plus de nous soigner mais d’engranger un maximum de bénéfices, à nos dépends quelquefois.
    La réponse à ces deux questions nous en dira plus sur la crédibilité des études, car comme vous nous le répétez souvent, la plupart des études ont des biais ou des gros biais qui faussent les résultats. Et comme on dit : ” quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage”.
    A l’inverse, ceux qui promeuvent les deux molécules contestées (à tort ou à raison, la question se pose toujours) le font avec des molécules ayant fait leurs preuves pour d’autres maladies depuis des décennies, et qui ne présentent à priori aucun danger pour les patients en plus d’être abordables financièrement. Pour ces derniers, dur de dire qu’ils cherchent à s’enrichir, contrairement à leurs opposants, mais il n’est pas exclu qu’ils cherchent la lumière médiatique pour exister et briller…
    Merci pour votre réponse.

    Question qui n’a rien à voir : vous êtes-vous penché sur les documents publiés par Pfizer concernant l’efficacité et l’innocuité de leur vaccin Cominarty ?
    J’ai lu des articles qui fustigent leurs études mais ne sachant pas décrypter ces documents, je ne peux pas me faire une idée précise et les opposants à ce(s) vaccin(s) semblent toujours sûrs d’eux alors que cela semble moins évident qu’il n’y parait (comme d’habitude en pharmacie j’ai l’impression…).
    Pouvez-vous nous éclairer sur le sujet ? Si vous avez l’envie et le temps car des dizaines de milliers de pages ont été publiées et ça doit prendre un temps fou…
    Pour finir, merci pour vos articles qui nous aident à comprendre certaines choses et/ou qui nous font beaucoup douter pour d’autres.

    1. Bonjour Laurent,

      Merci de votre commentaire, je vais répondre en y insérant mes réponses à la suite des votres.

      “votre explication est claire mais elle a un biais, tout comme les études scientifiques… quels sont les conflits d’intérêt des scientifiques qui font les études et qui financent ces études ? Ce n’est jamais (ou que très rarement) indiqué par les auteurs des études…”

      Les liens et conflits d’intérêts des auteurs d’une étude doivent être mentionné dans les études. C’est une obligation. Toutes les études et journaux scientifiques doivent s’y soumettre, mais tous ne jouent pas le jeu : tous les journaux ne le demandent pas alors qu’ils devraient et tous les auteurs ne sont pas honnête. Il y a aussi des subtilité dans la déclaration des liens d’intérêt, et j’y reviendrais plus bas dans ce commentaire, notamment les liens d’intérêts non déclaré de l’IHU de Marseille avec Sanofi par exemple.

      “C’est la première question que je me pose désormais quand j’entends parler d’études scientifiques car il est devenu évident que le but des grandes entreprises pharmaceutiques n’est plus de nous soigner mais d’engranger un maximum de bénéfices, à nos dépends quelquefois.
      La réponse à ces deux questions nous en dira plus sur la crédibilité des études, car comme vous nous le répétez souvent, la plupart des études ont des biais ou des gros biais qui faussent les résultats. Et comme on dit : ” quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage”.”

      C’est justement une erreur de méthode, mais qui est séduisante j’en conviens. Les conflits d’intérêts doivent être la dernière chose à voir. Avant tout, on regarde la méthode. On regarde la qualité de l’étude, ce qu’elle montre, ses limites, ses forces et ses faiblesses. Pourquoi ? Car l’industrie pharmaceutique est capable de produire de très bonne étude, sincère et honnête. Elle est aussi capable de faire n’importe quoi, et d’agir sous influence. Tout comme des chercheurs sans lien avec l’industrie, qui peuvent avoir un agenda caché. On parle des biais idéologiques, et qui sont invisibles à tous.

      “A l’inverse, ceux qui promeuvent les deux molécules contestées (à tort ou à raison, la question se pose toujours) le font avec des molécules ayant fait leurs preuves pour d’autres maladies depuis des décennies, et qui ne présentent à priori aucun danger pour les patients en plus d’être abordables financièrement. Pour ces derniers, dur de dire qu’ils cherchent à s’enrichir, contrairement à leurs opposants, mais il n’est pas exclu qu’ils cherchent la lumière médiatique pour exister et briller…
      Merci pour votre réponse.”

      C’est bien là le problème : un médicament efficace pour une autre maladie ne nous donne aucune information pour une autre maladie, qui n’a rien à voir. Plus important, mais un médicament apparemment sans danger n’a aucun intérêt s’il est inefficace. Pourquoi donner quelque chose sans danger mais qui ne sert à rien ? Surtout qu’aucun médicament est sans danger. Cela n’existe pas.

      Et oui, certains cherchent juste à briller. Mais n’oublions pas que l’IHU de Didier Raoult à reçu des centaines de milliers d’euros de la part de Sanofi pour des partenariats scientifiques. Des sommes d’argents, et donc des liens d’intérêts, invisibles grâce au statut de “fondation” qui n’est plus possible d’être obtenu aujourd’hui. C’est un point important méconnu de la plupart.

      “Question qui n’a rien à voir : vous êtes-vous penché sur les documents publiés par Pfizer concernant l’efficacité et l’innocuité de leur vaccin Cominarty ?
      J’ai lu des articles qui fustigent leurs études mais ne sachant pas décrypter ces documents, je ne peux pas me faire une idée précise et les opposants à ce(s) vaccin(s) semblent toujours sûrs d’eux alors que cela semble moins évident qu’il n’y parait (comme d’habitude en pharmacie j’ai l’impression…).
      Pouvez-vous nous éclairer sur le sujet ? Si vous avez l’envie et le temps car des dizaines de milliers de pages ont été publiées et ça doit prendre un temps fou…
      Pour finir, merci pour vos articles qui nous aident à comprendre certaines choses et/ou qui nous font beaucoup douter pour d’autres.”

      Je ne m’y suis pas penché personnellement dessus, mais d’autres l’ont très bien fait et je vous recommande de découvrir leur analyse.

      Merci de votre intervention et au plaisir de vous lire.

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