Dans la jungle des recommandations alimentaires, le concept de « l’alimentation vivante » se base sur la consommation quasi-exclusive de végétaux, légumes, fruits ou graines et sur l’exclusion de tous les aliments jugés comme « morts ». Parmi ces aliments morts, les produits industriels y trouvent une place de choix mais également tous les produits d’origine animale. Faut-il réellement écarter tous les produits d’origine animale sur la base de ce concept ?

Ces aliments morts… à éviter

Le concept gagne en popularité et de nombreux sites internet, pages Facebook, groupes de discussion, formations et stages fleurissent pour nous expliquer les bases d’une alimentation vivante. Cette mode alimentaire fait donc logiquement la différence entre les aliments dits vivants qui regroupent tous les fruits, les légumes, les graines (germées ou non), et les légumineuses de tous les aliments dit “morts”.

Vous l’aurez donc bien compris, tous les aliments morts sont principalement d’origine animale, ce qui inclut toutes les viandes, charcuteries, poissons, œufs, produits laitiers mais également tous les produits industriels transformés. La chaire animale étant le symbole ultime de cette catégorie puisque provenant d’animaux morts… Simple à comprendre n’est-ce pas.

Bref tout ce qui est peut-être rangé dans la catégorie « végétale » avec les fruits à coques, les fruits secs sont des aliments “vivants”, alors que de l’autre côté, nous avons des aliments dit morts principalement carnés et industriels.

Bien souvent, et cela tombe sous le sens, l’alimentation vivante est assimilée à une diète végétarienne ou semi-végétarienne mais surtout végétalienne avec l’exclusion obligatoire des produits animaux.

Donc selon le concept, tous les aliments d’origine animale n’auraient aucune raison d’être ingéré en tant qu’aliment, car générateur de maladie et non adapté à notre physiologie (à voir ici les arguments des uns et des autres) ; ainsi que les aliments industriels qui ne représentent que des calories vides, bourrés de sucre, de gras et des pires additifs de l’industrie agro-alimentaire.

S’il y a du bon dans ce concept, il y a aussi du moins bon qui n’est pas forcément soutenu par un cortège d’études scientifiques mais plutôt par des raisonnements spirituels bancals…

Les oeufs sont-ils vraiment “morts” ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, tous les produits animaux ne sont pas logés à la même enseigne. Les apôtres du manger vivant, comme Irène Grosjean sur qui j’ai écrit une enquête, estiment que l’oeuf n’est pas vraiment mort, ni vivant. L’oeuf serait au milieu d’un concept mystique hasardeux, mort-vivant, en quelque sorte.

Dans des vidéos accessibles sur la plateforme YouTube, Irène Grosjean la “papesse du cru” comme on l’appelle, fustige les produits animaux, mais aussi les céréales qui apportent des “colles” aux intestins, mais autorise la consommation d’oeuf, de temps en temps, si votre survie était en jeu.

En réalité, il n’y pas vraiment de logique biologique ou physique derrière ce concept d’aliments “vivants” ou “morts” mais des considérations holistiques impénétrables…

Les bons points du concept « vivant »

Dans l’alimentation vivante, les produits industriels transformés de type snacks, plats préparés, soupes instantanées (un article critique sur elles ici), biscuits, gâteaux en prennent pour leur grade… et c’est tant mieux !

Je m’évertue à dire dans ces colonnes que la plupart des produits disponibles dans les grandes surfaces sont loin d’être l’idéal pour être en plein forme physique et mentale [1] [2].

Loin d’être des poisons toxiques, ce genre de produits contient généralement beaucoup de sucre (il est méchant le su’-sucre ?), caché sous différentes formes (sirop de fructose-glucose, aspartame), des matières grasses peu recommandables (hydrogénées ou saturées en excès par exemple), du sel et toute une ribambelle d’additifs, colorants et conservateurs pouvant altérer notre immunité [3]

A la limite, on pourrait dire que le corps réagit bien et qu’il s’y fait. Ok, mais le problème vient également du manque de nutriments essentiels, de vitamines, de minéraux, et d’oligo-éléments pour assurer un fonctionnement correct de l’organisme sur le long terme.

Alors bien sûr, l’alimentation vivante fait la part belle aux fruits et légumes. Sur ce point-là, je ne peux qu’être d’accord et enfoncer le clou une fois de plus pour qu’au moins la moitié de nos assiettes soient remplies de végétaux (comme le conseille l’école de santé publique de Harvard…)

L’alimentation vivante vous invite également à manger des noix, des amandes et toutes sortes de petits fruits à coques que l’on ne mange pas souvent, et qui pourtant, sont bien souvent associés à une meilleure santé [4] [5]

En bref, l’alimentation vivante prône un retour en grâce des végétaux, avec moins d’industriel, de fast food, et ça c’est une bonne chose. En revanche, il y a des points franchement moins convaincants…

Les mauvais points du concept « vivant »

L’alimentation vivante vous exhorte d’éviter tous les produits « morts », tels que ceux définis plus haut dans ce billet. Et là, pour moi, ça coince.

Est-ce qu’on œuf ou un morceau de viande rouge est un aliment mort ?

Certains sites spécialisés sur « l’alimentation vivante », tels que « Manger Vivant », affrontent régulièrement les assauts des puristes de l’alimentation vivante qui ne tolèrent absolument pas d’intégrer des produits animaux « morts » dans cette diète.

Pourtant, des recherches basiques sur la table Ciqual de l’Anses nous indique noir sur blanc que les produits animaux (viandes rouges ou blanches, abats, œufs, laits, beurres) contiennent de nombreux éléments intéressants pour le corps humain, avec des vitamines, des matières grasses, du fer, et des minéraux en tout genre.

Des recherches plus poussées, notamment centrées sur l’étude de certains régimes alimentaires (comme celui d’Okinawa, de la diète Méditerranéenne ou Paléolithique) nous poussent à croire que la consommation de produits animaux est associée à une bonne santé générale…

Ainsi, et pour faire écho au régime Paléolithique que l’on aime plutôt bien sur le blog (ici je l’aime fort, et là encore plus fort), une récente méta-analyse publiée en août 2015 confirme les bienfaits de cette diète sur plusieurs composants du syndrome métabolique [6].

Le régime Paléolithique, ou Paléo pour les intimes, se base sur la consommation de nombreux végétaux, tubercules, produits animaux et notamment sur l’exclusion des produits céréaliers et laitiers.

En 2014, une synthèse scientifique fait un bilan des bienfaits attendus du régime Okinawa sur la santé, et démontre qu’il est associé avec une amélioration de nombreux composants physiologiques et d’une meilleure santé  [7]. Ce régime se base sur de nombreux principes (que je vous invite à découvrir ici), mais également sur la consommation raisonnable de produits animaux, comme de l’agneau, des produits de la mer, etc.

Nous avons aussi le fameux et célèbre régime Méditerranéen ou Crétois qui ferait miroiter une meilleure santé cardio-vasculaire, moins de risques de cancers, et moins d’inflammations. Ce régime se base entre autre sur la consommation très raisonnable de produits animaux, poissons, œufs, laits (surtout de chèvre ou de brebis) et de viandes.

Un certain nombre d’études indiquent bien que ce régime est associé avec une amélioration de nombreux composants physiologiques et une réduction de nombreux risques, pourtant basé sur la consommation d’aliments « morts » selon le concept visé de ce billet. [8] [9] [10] [11] [12]

Les limites du concept

S’il y a bien une chose qui ressort de cette courte analyse, c’est le seuil de consommation de certains produits, et notamment animaux.

Dans les diètes que j’ai présentées, la consommation de produits animaux restent raisonnables et parfois très limitée. Je réitère donc ma position qu’une petite consommation de produits animaux de qualité est selon moi associée avec une bonne santé. Sur ce point, je ne peux que rejoindre l’Organisation Mondiale de la Santé qui conseille de limiter les apports en viande rouge et surtout en viande transformée.

Evitez les produits industriels très riches en calories et pauvres en éléments intéressants pour la santé est également un point très intéressant du concept « d’alimentation vivante ».

Mais surtout, n’oublions pas que l’ensemble de ces diètes se basent aussi sur des repas pris ensemble et à table, sur une consommation modérée de vin rouge, sur un bon ensoleillement pour la vitamine D, le tout saupoudré de la pratique régulière d’une activité physique.

PS: des légumes cuits à la vapeur sont-ils des aliments “mort-vivants” ? Vous avez quatre heures ; ) 

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