L’urine serait miraculeuse pour traiter de nombreuses maladies, même très graves comme le cancer. On revient dans cet article sur toutes les évidences scientifiques autour de ce sujet, avec des résultats prometteurs, mais extrêmement préliminaires.

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L’élixir de jouvence

Goûter ou boire son urine existe depuis la nuit des temps. On retrouve des traces de cette utilisation à des fins médicales dans les textes sacrés hindous, dans l’Égypte ancienne et chez les Romains.

Déjà à ces époques lointaines l’utilisation traditionnelle de l’urine en usage interne était associée à toutes sortes de rémission : du diabète, jusqu’aux maladies aussi graves et lourdes que le cancer.

J’ai dédié une enquête complète sur les bienfaits supposés et les risques de la consommation d’urine ou de son utilisation en usage externe, sur la peau notamment, que je vous invite chaudement à lire.

Cet article va se pencher précisément sur le rôle et l’intérêt de l’urine dans le cancer. Car de nombreux sites et personnalités affirment que boire son urine pourrait guérir le cancer.

Or, le cancer, c’est une maladie grave qui touche chaque année en France environ 380 000 personnes et en tuerait près de 160 000. Des chiffres édifiants qui montrent la gravité de cette maladie très complexe, multifactorielle, et pour laquelle l’efficacité des traitements varie du tout au tout.

J’ai écrit un chapitre dédié à la question des médicaments anticancéreux dans mon livre “Santé, mensonge et (toujours) propagande” (édition Souccar) auquel je vous renvoie. Un chapitre qui accable malheureusement les nombreuses autorisations de mise sur le marché de thérapie inefficace avec des effets secondaires majeurs.

C’est un autre débat, passionnant et révoltant. La guerre contre le cancer n’est pas encore gagnée. Loin de là. Voir les enquêtes de Dur à Avaler sur le régime cétogène et son effet sur le cancer, ou l’intérêt de l’inhibition d’une enzyme particulier (SCOT) dans son traitement.

Traitements contre le cancer : les raisons d’une intolérable inefficacité

Un gendarme du médicament qui n’est pas indépendant, des études cliniques peu rigoureuses et peu contrôlées avec des patients savamment choisis… voici les principales raisons de l’absence dramatique d’efficacité de nombreux traitements contre le cancer.

L’urine et le cancer: ça fonctionne ou pas ?

De retour sur notre sujet d’intérêt, l’urine est donc plébiscitée par certains pour ses propriétés anticancéreuses. Malheureusement, autant le dire d’entrée de jeu : aucune étude clinique ou observationnelle (lire mon article sur les différentes preuves scientifiques) n’a été menée sur ce sujet.

Autrement dit, les bénéfices avancés reposent essentiellement sur des textes, des traditions historiques, des témoignages de guérison spontanée en lien avec cette thérapie et quelques études malgré tout. Rien de bien sérieux ni objectivé qui nous permet de nous forger un avis éclairé.

On ne retrouve pas non plus de trace ou d’élément explicatif du mécanisme qui pourrait amener à la guérison du cancer dans les articles de presse. Tout est très flou. Quelle molécule dans l’urine permettrait d’inhiber la croissance des cellules cancéreuses ?

L’urine étant faite à 95% d’eau, 2% d’urée et le reste d’éléments chimiques en très faibles quantités (des minéraux comme le potassium, le magnésium, des chlorures) ou à l’état de trace (protéines, hormones, vitamines, etc.), on se demande qui est responsable des bienfaits supposés.

Une interaction de minéraux et de nutriments ? Avec l’urée peut-être ? Peut-être l’urine d’un autre animal ?

Vous allez le voir, aucune réponse n’est toute faite sur ce sujet, mais des pistes plus ou moins directes existent entre l’urine et le cancer.

Regardez l’impressionnante taille d’une boulette extraite après la cure du Dr Clark. Elle dépasse les 40 mm de long et les 30 mm de large.

Faut-il faire un nettoyage du foie et de la vésicule biliaire ?

Le nettoyage du foie et de la vésicule biliaire ne permet pas d’évacuer des boulettes de cholestérol dans les canaux hépatiques.

Si la pratique peut apporter des bénéfices, tous explicables par un effet d’auto-persuasion, une prise de complément alimentaire, une restriction calorique et une amélioration du régime alimentaire, elle comporte aussi de graves risques.

On peut retrouver tous les bénéfices de la cure sans même la faire, ou bien en la faisant différemment avec une lecture minutieuse de la littérature scientifique. Tous les détails dans cet ultime article.

L’urine de chameau contre le cancer ?

Oui, vous avez bien lu. En 2017, une équipe d’Arabie Saoudite a mené une investigation sur l’urine de chameau pour inhiber la croissance cancéreuse. Les résultats de ce travail sont certes positifs, mais limités aux conditions expérimentales.

Les scientifiques ont fait des expériences in vitro, en plongeant directement des cellules cancéreuses dans de l’urine de chameau dans des boîtes de Pétri, mais également in vivo, en transplantant des tumeurs mammaires chez des souris et en leur faisant boire de l’urine.

Ces résultats sont extrêmement préliminaires et ne concernent qu’une seule ligne cancéreuse : la fameuse 4T1, des cellules cancéreuses mammaires très violentes avec une très forte capacité de métastaser.

C’est pour cette raison qu’on utilise souvent cette lignée cancéreuse, car ça va vite et ça se propage partout. On peut donc mesurer rapidement l’évolution des tumeurs principales et des métastases.

En gros, ils montrent bien que l’urine permet d’inhiber la division des cellules cancéreuses in vitro, une situation très différente que dans un organisme vivant et une réduction relative de la taille des tumeurs in vivo, chez des souris, un modèle qui s’éloigne – vous l’aurez deviné – assez fortement de l’homme.

In vivo, les chercheurs ont pesé les tumeurs à la fin de l’expérience entre les 3 groupes :

  1. un groupe contrôle sans urine
  2. un groupe avec de l’urine faiblement concentrée
  3. un groupe avec de l’urine fortement concentrée

Premier résultat : les tumeurs sont plus légères, et donc moins volumineuses, dans les groupes “urine de chameau”. Une différence de 0,4 et 0,5 g avec les souris qui ont bu de l’urine. Cela fait une différence d’environ 24 à 30% comparé au groupe contrôle.

La différence, bien que statistiquement significative, ne donne pas d’indication sur la pertinence clinique des résultats malheureusement. Je vous renvoie à mon article sur la différence majeure entre ces deux paramètres majeurs.

Autrement dit, un volume moins important de 25% d’une masse cancéreuse se traduirait-il en meilleure survie des malades ? Difficile à dire en l’état des connaissances.

Ensuite, ces analyses in vivo ne montrent aucune différence entre le groupe à faible ou forte dose d’urine de chameau. Un résultat intéressant qui n’a pas vraiment été discuté par l’équipe soulevant pourtant d’importantes questions sur les doses. Est-ce une question de concentration hormonale ou d’un autre élément plutôt qu’une quantité inhibitrice ?

Si les chercheurs montrent des résultats préliminaires intéressants sur des souris (et en petit nombre, seulement 15), on peut concevoir qu’il serait difficile de faire boire de l’urine de chameau a des patients atteints du cancer pour mesurer un quelconque effet.

Il faudrait peut-être passer par des étapes d’isolement de composé chimique que l’on pense être actif afin de créer des produits de synthèse capable de mimer ces effets anti-cancer. Peut-être même utiliser des injections.

Nous n’y sommes pas encore vraiment. Ces travaux doivent être bien sûr reproduits par d’autres équipes pour confirmer l’efficacité préliminaire de cette thérapie sur le cancer.

L’urée : encore au centre des intérêts ?

Dans la première enquête de Dur à Avaler sur les bienfaits de l’urine sur la santé, nous avions montré que l’urée, composant principal de l’urine, avait des effets dermatologiques sur la peau.

Loin d’être inconnu des médecins et scientifiques, l’urée fait partie de la composition de nombreuses crèmes hydratantes et émollientes, avec ou sans produits complémentaires. L’efficacité de l’urine sur la peau pouvait être ramenée à l’urée, qui compose 2% de la miction.

Et si cela était pareil pour le cancer ? Plusieurs synthèses de la littérature scientifique avancent ainsi les promesses thérapeutiques des dérivés de l’urée pour le traitement du cancer. Ces études montrent les effets inhibiteurs de plusieurs dérivés (aux noms barbares) qui pourront bloquer la division cellulaire, notamment via une action sur les tyrosines kinases.

Ces travaux sont extrêmement préliminaires. Uniquement mené in vitro où l’on va mettre directement des cellules cancéreuses au contact des dérivés de l’urée. Ces conditions permettent bien souvent de trouver des inhibiteurs prometteurs, mais doivent être impérativement réalisées en situation réelle : chez l’animal, puis éventuellement chez l’homme.

De l’urine “activée” par le sport ?

Une autre piste très intéressante existe sur le rôle positif de l’urine contre le cancer. Cette étude est toute récente, de janvier 2020, et montre la capacité antitumorale de l’urine de souris et humaine sur plusieurs lignées cancéreuses.

Mais cette étude est particulière dans son protocole puisqu’elle propose de comparer l’effet de l’urine standard à celle “activée” par du sport. Pourquoi donc ? Car les chercheurs partent du principe que le sport est recommandé pour un bon état de santé et qu’il modifie la composition de l’urine, dans le bon sens.

Et les résultats confirment les suppositions des chercheurs. Ils ont testé l’activité antitumorale de l’urine normale ou “activée” sur 6 lignées cancéreuses in vitro (dont la prostate, le sein et le pancréas).

Les résultats sont mitigés puisqu’ils ne montrent aucune efficacité de l’urine normale (un résultat qui vient contredire la précédente étude sur l’urine de chameau), mais une forte activité antitumorale de l’urine activée par le sport et récoltée juste après.

Les raisons de cet échec et de ce succès ? D’après les chercheurs, ce sont les concentrations plus faibles en cholestérol et plus fortes en dopamine et mélatonine qui exercent des effets inhibiteurs sur la croissance tumorale.

Les résultats ont ensuite été reproduits in vivo en injectant des lignées de cellules tumorales du sein dans des tissus graisseux.

Les souris ont ensuite reçu régulièrement des injections d’urine diluée, “activée” ou non, dans la tumeur pour mesurer la taille des tumeurs à la fin de l’expérience. De la même manière que les résultats in vitro, ils ont montré une réduction significative de la taille des tumeurs uniquement pour le groupe qui a eu les injections d’urine activée.


Extrait de la publication sur les souris avec la réduction du volume des tumeurs mammaires.

Cette équipe de recherche n’a malheureusement pas regardé le taux de survie des souris dans chaque groupe. Nous ne savons pas vraiment si cette réduction de taille est synonyme d’une meilleure survie pour les cobayes, et encore moins si cela peut se retrouver chez l’homme.

On ne sait pas non plus si ces résultats pourraient se retrouver avec d’autres lignées cancéreuses (prostate, poumon, côlon-rectum, etc.), mais les chercheurs justifient ces effets positifs grâce aux modifications des concentrations en cholestérol, dopamine et mélatonine.

L’urine : un remède miracle contre le cancer ?

En faisant ces recherches et cette synthèse de la littérature scientifique, on se rend compte que les recherches sur l’urine et le cancer sont balbutiantes, prometteuses, contradictoires mais encore trop préliminaires (in vitro, sur peu de souches cancéreuses ou des modèles animaux) pour en tirer des conclusions.

L’urée présente dans l’urine semble être un réservoir de dérivée intéressant avec des actions inhibitrices efficaces contre plusieurs lignées tumorales, au moins in vitro. Aucune étude clinique, à ma connaissance, n’a été publiée chez la souris ou l’homme avec de tels dérivés.

L’étude positive sur l’urine des souris “activée” par le sport montre bien que cette recherche est encore à ses débuts (publiée en janvier 2020 pour rappel) et que l’on peut démontrer des résultats positifs dans certaines conditions expérimentales. Des résultats qui soulèvent plus que de questions qu’ils n’apportent de réponses, puisqu’ils montrent également l’inefficacité de l’urine, sans pratique préalable de sport.

En conclusion, il n’y a aujourd’hui aucune preuve solide qui montre un bénéfice sur la survie des malades du cancer (et quel cancer ?) avec de l’urine, en injection ou à boire.

Cette absence de travaux cliniques n’est pas un absence d’effet. Peut-être qu’il existe un effet positif, faut-il encore se donner les moyens de le prouver (ou de l’infirmer). Seul l’avenir nous le dira.

Boire son urine : le remède miracle, gratuit et naturel ?

Pratique millénaire, l’urinothérapie ou amaroli serait une méthode simple, gratuite et miraculeuse pour se débarrasser de nombreuses pathologies : asthme, allergies, diabète, tristesse, hépatites, cancer… Toutes ces allégations santé sont-elles justifiées ? L’urine miraculeuse, vraiment ? Enquête.

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