Boire pendant les repas dilue-t-il nos enzymes digestives ? Les fruits sont-ils dangereux pour notre glycémie ? Faut-il manger comme un roi le soir ? Voici mon analyse des récentes déclarations de Kahina Oussedik sur France Bleu. Je vous préviens, ça cogne, pour votre plus grand plaisir.

Kahina Oussedik sur France Bleu pendant son intervention sur la digestion, l’alimentation et la santé. Capture d’écran YouTube.

J’étais tranquillement assis devant mon ordinateur quand ma compagne m’interpelle : « c’est vrai qu’il ne faut pas boire de l’eau pendant un repas ? »

Mon détecteur d’âneries s’active, et je lui demande où elle a pu entendre ça. En cause, une vidéo qui fait le buzz sur les réseaux sociaux avec des centaines de commentaires et de partages sur le sujet très porteur de l’alimentation, du sucre, des fringales et de notre digestion.

Je demande à ma compagne de m’envoyer le lien de la vidéo. J’écoute et j’entends des mots qui m’interpellent : « instinct animal », « manger le sucre le soir » ou encore « diluer le suc gastrique ».

Je découvre que c’est Kahina Oussedik, docteure en biochimie moléculaire et alimentaire et auteure d’un ouvrage sur la nutrition et la digestion (La magie de la digestion, Inter Editions), interviewée par Sidonie Bonnec dans l’émission Minute Papillon ! sur France Bleu.

Je prends le temps d’écouter une fois, deux fois, trois fois… et je n’en reviens toujours pas. Je me dis : « c’est pas possible, je crois que j’ai trouvé mon prochain sujet d’article… »

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Les conseils douteux de Kahina Oussedik

L’histoire des fruits trop sucrés

Manger cinq fruits et légumes par jour, ça vous parle ? Bien sûr que ça vous parle, c’est l’adage pondu par le gouvernement pour tenter d’en faire manger davantage aux français.

Une tentative vaine car aucun dicton ou chansonnette n’a permis d’améliorer durablement les comportements alimentaires. Les français n’échappent pas à la règle (voir mon ouvrage explosif sur ce sujet aux éditions Thierry Souccar)

Mais pour Kahina Oussedik, ce serait presque dangereux. Elle n’utilise pas ce mot mais le sous-entend, car pour elle, les « fruits c’est quand même du sucre » et avec cinq fruits par jour, on aura un taux de sucre dans le sang « très élevé ». On parle de glycémie bien sûr.

Ce serait plutôt 3 légumes et 2 fruits selon le Dr Oussedik. Si possible en dehors des repas pour les fruits.

Mais définir les fruits sur leur seul teneur en sucre, ou plutôt un sucre simple, est selon moi une erreur nutritionnelle grave. C’est simpliste. Et surtout faux.

Car les fruits nous apportent les ô combien importantes fibres alimentaires, qui nourrissent notre précieuse flore intestinale, harmonisent le transit intestinal, donnent du volume au selle et permettent de contrôler la réponse glycémique de l’organisme.

Autrement dit : la consommation de fruits entiers, tout comme les céréales et légumes, apportent les nécessaires fibres qui participent justement à éviter le drame glycémique que promet Kahina Oussedik.

Cerise sur le gâteau : ceux qui mangent le moins de fibres ont plus de risque d’avoir un diabète, d’être touché par l’obésité, ou d’avoir des maladies cardiovasculaires.

C’est donc un comble tout de même. Et je ne parle même pas des micronutriments essentiels dans les fruits, les vitamines, et l’alternative extrêmement saine qu’ils représentent par rapport à des Kinder Bueno, des Mars ou des bonbons.

Donc non, ne réduisez pas votre consommation de fruits. Pensez à manger des fruits entiers et veillez à conserver un équilibre alimentaire général.

Pour mes lecteurs avides d’études, une synthèse de la littérature scientifique plaide bien évidement en ce sens : la consommation de fruits entiers ne contribue ni à l’obésité ni à l’excès de graisse. Ce serait même le contraire !

« C’est le moment de réhabiliter la pomme au miel pour le goûter des enfants. »

Je me questionne vraiment sur la pertinence de ce conseil qui arrive comme un cheveu sur la soupe, et qui frappe par son incohérence par rapport à l’ensemble du discours.

Pourquoi conseiller aux auditeurs de badigeonner des fruits de miel, pourtant quasi-exclusivement composés de sucres simples (glucose et fructose), tout en diabolisant les sucres mangés durant la journée ?

Franchement là je ne comprends pas. Je précise que cette phrase n’a pas été entendue dans la vidéo mais apparaît dans le texte sur le site de France Bleu.

Ne buvez pas pendant les repas

Voici un autre passage édifiant de l’interview : Kahina Oussedik nous dit de ne surtout pas boire pendant le repas car cela va « dilater notre estomac mais surtout on va diluer le suc gastrique en charge de la digestion. »

Nous n’en saurons pas plus, et cela sous-entend que c’est mauvais pour nous, mais on se dit que la docteure en biochimie moléculaire sait de quoi elle parle.

Pourtant, rien n’est plus faux pour la partie « dilution ». Notre organisme s’adapte parfaitement aux aliments ingérés en ajustant les quantités d’acide gastrique et de sucs digestifs pour remplir sa mission.

On imagine mal une digestion incomplète à cause d’un verre d’eau pris pendant un repas alors que tous nos aliments sont composés essentiellement d’eau !

Des études des années 70 montrent le fonctionnement tout à fait normal de la digestion au cours d’un repas normal avec un verre d’eau bu pendant le repas, et comment notre organisme s’adapte aux différents contenus et formes (mixé ou entier).

L’eau est en réalité rapidement éliminée de l’estomac et déversée dans le duodénum pour être réabsorbée. Cette eau n’aura aucune incidence sur la digestion pendant le repas !

C’est un mythe qui a la peau sacrément solide…

Dans les faits, boire avant, pendant et même après les repas permettrait au contraire de mieux réguler sa sensation de faim, et d’éviter de trop manger. On réalise avec les études épidémiologiques que les personnes obèses ne boivent pas assez d’eau.

En cause la dilation de l’estomac mais aussi une sensation de volume plus importante qui pourra piéger en quelque sorte notre corps et favoriser la sensation de satiété.

La dilatation de l’estomac est une chose plus que normale et nécessaire !

Dans le détail, si on chipote un peu, les résultats scientifiques donnent l’avantage pour les verres d’eau pris 30 minutes avant le repas sur la satiété.

Manger comme un roi le soir

Alors que le célèbre dicton nous précise qu’il faut manger le matin comme un roi, le midi comme un prince et le soir comme un pauvre, Kahina Oussedik recommande l’inverse.

Plus précisément elle recommande de privilégier le dîner avec des « aliments combinés et complexes ». Un repas qui doit être plus riche que les autres (on notera au passage la notion totalement nouvelle d’aliment complexe et combiné).

L’objectif ? Eviter les coups de barre en journée à cause d’un repas trop riche. Mais surtout éviter d’avoir à subir les pics de notre glycémie pendant que nous sommes éveillés !

L’avantage serait donc là. Mangez du fromage, des féculents, des éclairs au chocolat le soir, ce ne sera pas un problème car les fringales seront jugulées par votre sommeil. Imparable.

La docteure Oussedik fait référence à la fameuse hypoglycémie réactionnelle qui se définit par une chute très sensible et rapide de la glycémie qui peut entraîner un état désagréable, de la somnolence et parfois des fringales.

Ce n’est pas une hypoglycémie à proprement parler, qui est grave et peut-être dangereuse si vous perdez par exemple connaissance dans des escaliers…

Bref, le conseil de Kahina Oussedik semble très inopportun voire contre-productif, surtout pour les personnes en surpoids ou atteintes de maladies métaboliques graves comme le diabète.

Pourquoi ? Car on sait grâce aux études sur ce sujet que la prise d’un repas identique aura des répercussions complètement différentes sur notre organisme en fonction de l’heure de la journée.

Justement, une étude menée en 2019 va plus que vous intéresser.

Cette étude a comparé l’effet du nombre de repas pris dans la journée (3 vs. 6) pour une même quantité de calories sur des personnes obèses et diabétiques (à risque donc) :

  • 3 repas jours en suivant le dicton « manger le matin comme un roi, le midi comme un prince, etc » tout en diminuant la quantité de glucides et d’énergie au cours des repas (le repas du soir sera pauvre en glucides)
  • 6 repas par jour équilibrés en énergie, dont 3 collations à la fin de chaque repas.

Les résultats après 3 mois d’expérience sont frappants : tous les indicateurs métaboliques suivis se sont améliorés dans le groupe avec 3 repas par jour, avec un dîner de « pauvre ». Ils ont perdu en moyenne 5.4 kg alors que les autres sont restés stables.

Ce groupe a réduit de près de 45 % les doses quotidiennes d’insuline, et ils ont été moins touchés par les fringales.

Une autre étude éclairante nous avait apporté des résultats renforçant l’idée que le repas du soir devrait être au mieux léger, ou au pire évité sous forme d’un jeûne intermittent.

Cette fois-ci, les participants n’étaient pas diabétiques mais en surpoids ou obèses avec des marqueurs métaboliques classiques d’un prédiabète. Ils ont comparé l’impact d’une alimentation standard composée de 3 repas par jour étalés dans la journée, contre 3 repas regroupés dans la matinée.

Autrement dit, sans le dîner. Pour une même balance énergétique, les pratiquants du jeûne intermittent ont eu une amélioration de la sensibilité à l’insuline mais aussi des fonctions des cellules béta du pancréas (responsable de la synthèse d’insuline).

En bonus, une baisse de la pression artérielle et du stress oxydatifs !

De retour avec Kahina Oussedik, qu’est-ce qu’elle nous conseille déjà ?

Que le repas principal de la journée soit au dîner, surtout avec des glucides, sans oublier les desserts pour se faire plaisir.

En gros, elle propose l’exact opposé de ce que la littérature montre comme bénéfique pour inverser des situations métaboliques graves comme l’obésité et le diabète.

Tout ça pour éviter des fringales pendant notre sommeil. Franchement, je ne comprends vraiment pas.

Sauter le petit-déjeuner : l’instinct animal

Selon Kahina Oussedik, après avoir passé une nuit sans manger, le petit-déjeuner reste quelque chose de superflu inadapté à notre « instinct animal ».

Le petit-déjeuner serait une aberration physiologique. Je dois dire qu’il y a une part de vérité dans ses propos, avec des nuances importantes.

Oui, le petit-déjeuner et les deux autres repas de la journée sont des conséquences de notre société centrée sur le travail, l’école et des rythmes bien précis.

Physiologiquement, on voit que notre corps montre le pire de lui-même quand on l’assiège à de nombreux repas et grignotages, caloriques et riches en aliments ultra-transformés.

Et on observe l’inverse : des marqueurs biologiques repassent au vert, des hormones bénéfiques inondent notre corps quand on mime une vie plus « naturelle ».

Mais qu’est-ce que l’instinct animal vient faire là-dedans ? Je veux dire, oui bien sûr que les tigres ne prennent pas de petit-déjeuner au réveil ! Ils n’ont pas de steak de zèbre au frais qui les attendent.

Ils doivent chasser. Cela prend du temps et se solde surtout par des échecs. Les repas vont et viennent au rythme des réussites. Ils peuvent parfois passer plusieurs jours sans manger.

Mais il y a fort à parier qu’on mettrait à mal cet instinct animal si on jetait un morceau de viande au milieu d’une meute de lion de bon matin. Petit-déjeuner ou pas, l’instinct de survie et le besoin de manger prendra le dessus (c’est ce qu’on voit au zoo bien sûr).

Alors plutôt que l’instinct animal, essayez d’écouter votre corps. En faisant attention aux arguments de bon sens un peu trop évident qui peuvent largement induire en erreur.

Vous n’avez pas faim au réveil ? Alors ne mangez pas ! En revanche, si vous n’avez pas faim au réveil mais que vous craquez à 10h pour un Kinder Bueno avec un cappuccino saupoudré de sucre… Vous avez tout raté.

Le petit-déjeuner n’est pas obligatoire, loin de là, mais si vous en passer dégrade la qualité générale de votre alimentation, alors vous avez tout intérêt à en prendre un. Celui qui vous fera plaisir (et à vos cellules) : du porridge avec des fruits entiers, des oléagineux. Ou bien le célèbre trio pain-beurre-confiture. Ou encore à l’anglaise, avec des œufs, du pain complet, des oignons, des tomates et des haricots.

Des produits frais, peu transformés et si possible proches de chez vous et de saison.

Vous avez des dizaines d’exemples de petit-déjeuner à lire ici !

Vulgariser : oui mais sérieusement !

Je ne pouvais rêver meilleur exemple pour vous expliquer la loi de Brandolini ou l’asymétrie du baratin. Il m’aura fallu plus de 5 heures pour rédiger cet article, trouver les articles scientifiques, les lire, et mettre le tout en forme pour répondre à seulement 2 minutes et 30 secondes d’interview.

N’est-ce pas injuste ?

Voilà pourquoi ce travail demande du temps, de l’énergie et une certaine expertise pour être sûr de vous informer correctement.

On peut parfois être tenté de faire des raccourcis ou de simplifier à l’extrême pour faire passer un message, mais cela ne doit jamais se faire au détriment de la vérité et de l’exactitude des informations.

En l’occurrence, manger des fruits entiers n’aura aucun impact négatif sur votre glycémie. Bien au contraire ! On ne mange pas assez de fruits ni de légumes. Quand Kahina Oussedik précise qu’il faudrait manger « 3 légumes et 2 fruits », je vous réponds qu’il faudrait plutôt manger 5 fruits et 15 portions de légumes !

Non, boire pendant les repas ne diluera pas vos sucs digestifs, et pourrait même être un allié pour contrôler une faim insatiable et perdre du poids (surtout avant de manger).

Non, le repas du soir ne devrait pas être le fourre-tout des privations de la journée. Mangez juste normalement, sans excès, et pourquoi pas un peu plus léger que d’habitude. Ce sera aussi bon pour votre sommeil, car il n’y a rien de pire que d’être ballonné pour s’endormir.

Cet article est aussi un énième rappel de l’importance toute relative des titres et des diplômes. Nous avons là un titre de docteure en biochimie moléculaire et alimentaire qui donne de nombreux conseils douteux.

Au-delà de l’argument d’autorité lié au titre, il faut toujours vérifier l’information, croiser les sources et rester sceptique face à cet afflux d’information. Surtout dans des vidéos virales sur les réseaux sociaux.

Ces nombreuses affirmations farfelues me rappellent les propos d’Irène Grosjean sur la digestion, la longueur et la fonction de nos intestins qui ne résistent pas à des analyses factuelles et rigoureuses. Même chose du côté du nettoyage du côlon par lavement, avec l’huile de ricin ou en cure avec de l’huile d’olive


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28 commentaires
  1. La queue en tire-bouchon des cochons est le résultat d’une sélection humaine pour des rendements de chair/viande, avec la sélection croisé d’autres traits de caractère comme la queue en tire-bouchon. Les cochons sauvages ou sanglier n’ont pas la queue en tire-bouchon car non sélectionné et sauvage. L’alimentation, ou la malbouffe, n’a rien à voir avec

    Faux…la queue. Tire bouchon n’est que la manifestation du Stress alimentaire de ces animaux nourris avers les déchets, laveries etc…des humains… »on donne TOUT «  aux cochons 😬 j’ai vu de mes propres yeux des cochons nourris avec des végétaux, fruits etc.. heureux, propres, avec une queue normale , ce sont les humains pour faire de l’argent qui ont condamné cette espèce animale à leur triste sort.. Restez objectif

    1. Cher Claude,

      Je suis désolé, mais votre théorie n’a aucun fondement scientifique, ni physiologique. Quel aliment permettrait de tordre spécialement la queue du cochon et pas autres choses ? En revanche, il existe des races de cochons sauvages en Asie avec des queues en tire-bouchon. Ce trait de caractère est le résultat d’une sélection humaine, et des croisements que l’on a pu faire entre les espèces.

      Avez-vous seulement des preuves pour attester ce que vous dites ?

      PS : j’ai même trouvé une petite étude qui dit précisément le contraire : des chercheurs se sont rendu compte que des cochons avaient la queue en tire-bouchon quand il était détendu et moins stressé, et avaient la queue qui devenaient plus droite quand ils étaient stressés. Etrange n’est-ce pas ? Il est important d’essayer de rester objectif et factuel Claude. Lire ici : https://stud.epsilon.slu.se/4692/7/groffen_j_120820.pdf

  2. Je l’ai vu de mes propres yeux…mais pas grave
    Les cochons ce n’est pas mon sujet de prédilection
    J’ai 25 ans d expérience dans les thérapies de Nathuropathie et j’apprends tous les jours cela est passionnant. Je suis toujours en « apprenti-sage » donc je me remets chaque jour en question et je reste totalement « ouvert « 
    Grand merci de nos échanges, vous faites un travail admirable
    Cordialement

    1. Bonjour Claude,

      Idem de mon côté : j’apprend tous les jours et j’essaie autant que possible de ne pas colporter de fausses informations.

      Regardez cette étude qui montre que c’est justement l’inverse qui peut se passer : la queue des cochon en tire-bouchon se raidit en situation de stress. https://stud.epsilon.slu.se/4692/7/groffen_j_120820.pdf

      Qui plus est, il existe des espèces sauvages de cochon avec des queues droites ou en tire-bouchon. Idem pour les espèces domestiques. C’est bien plus complexe que le seul rapport à la nourriture ou au stress :)

      Merci également pour ces échanges.

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