Mis à jour le 30.12.2019

Quand une personnalité publique affirme dans la presse que les hommes préhistoriques avaient une espérance de vie ridicule, de 25 ans, à cause de la pratique du jeûne notamment. On se calme, et on lit l’article et on comprend que c’est une boulette monumentale.

 

La fragile théorie du jeûne intermittent

Nous aurait-on menti ? Le jeûne intermittent qui est de plus en plus plébiscité par les scientifiques du monde, et bénéficie d’études de plus en plus nombreuses vantant ses mérites, serait en réalité dangereux ?

Dangereuse au point que le jeûne intermittent serait la cause de la faible espérance de vie de nos lointains ancêtres durant les temps préhistorique. Non, vous ne rêvait pas, je viens de trouver un article fort intéressant, et qui traite – du moins en partie – de ce sujet.

L’auteur de cet article est M. Jean-Philippe Zermati, qualifié d’expert et nutritionniste par le Nouvel Observateur. Selon lui, la référence à l’homme préhistorique chasseur-cueilleur qui alternait des périodes d’abondances alimentaires avec des périodes de famines n’est qu’un prétexte pour justifier un régime spécifique, comme n’importe lequel.

“Ce modèle [ancêtre préhistorique, ndlr.] dont on essaye de se rapprocher est commun à presque tous les régimes – on retrouve notamment cette référence au chasseur-cueilleur dans le régime Dukan.”

Dans ce court extrait que j’ai sélectionné M. Zermati fait une hasardeuse relation entre le jeûne intermittent et le célèbre régime Dukan, hyperprotéiné (dont les effets négatifs ont été maintes fois prouvés).

Si l’auteur ne nie pas les périodes de jeûne que pouvaient subir un chasseur-cueilleur, il fustige par contre nos pauvres ancêtres qui n’avaient que 25 ans à vivre et un cerveau bien ridicule !

Je cite :

“Ils oublient que cet ancêtre avait une durée de vie de 25 ans et un cerveau de moineau !”

Comment ne pas être surpris et choqué par des affirmations aussi simplistes et l’association incroyable entre période de jeûne et espérance de vie.

Jeûne intermittent et espérance de vie : quel lien ?

Les propos de Jean-Philippe Zermati supposent que l’espérance de vie des hommes préhistoriques était faible à cause de la pratique du jeûne intermittent. Cela voudrait dire que le jeûne intermittent est en soi une pratique dangereuse. Pour quelles raisons? On l’ignore, et manifestement Jean-Philippe Zermati également.

Pour lui répondre, il faut voir ces interrogations sous plusieurs angles. Tout d’abord, que savons-nous de l’espérance de vie des hommes préhistoriques ? Pas grand chose, mais d’après les datations et les restes osseux, on estime bien une espérance de vie très faible de l’ordre de 20-30 ans.

L’espérance de vie peut être calculée pour n’importe quel âge, mais c’est bien celle à la naissance qui préfigure dans la plupart des discussions et analyses. Ce point-là est bien incontestable et pour de nombreuses raisons.

Les conditions de nos ancêtres étaient extrêmes. La pression de l’environnement était supposée forte, avec la recherche de nourriture, d’abri, d’eau tout en assurant la sécurité de groupe, sa survie et la reproduction pour maintenir l’espèce.

Bien sûr, les hommes préhistoriques n’avaient pas notre médecine moderne. Il n’avait pas notre arsenal de médicaments, ni les fameux vaccins (qui soulèvent parfois des polémiques dans le monde médical, politiques et publique), et encore moins toutes nos méthodes de stérilisations, de purifications et de contrôle de l’hygiène.

En bref, ils n’étaient pas à notre époque où les progrès de notre société ont permis de réduire fortement les taux de mortalité, surtout pendant l’enfance. Car c’est bien cette période-là qui est la plus sensible dans la vie des hommes. Nous savons désormais que le taux de mortalité des plus jeunes dans les peuples vivant encore traditionnellement est extrêmement élevé. Cette surmortalité fait mécaniquement diminuer l’espérance de vie à la naissance.

Pour autant, espérance de vie ne signifie pas longévité. L’espérance de vie très faible à la préhistoire ne signifie pas qu’aucun enfant n’atteint des âges respectables, qu’aucun senior n’existait. Bien au contraire. Une étude d’envergure réalisée par Michael Gurven et Hillard Kaplan chez des populations de chasseurs-cueilleurs contemporains montre que la longévité dépasse 70 ans, et frôle même les 90 ans.

Incroyable, mais pourtant vrai. Ces recherches illustrent une idée reçue tenace dans les repas de famille où le bon vieil homme des cavernes n’existerait pas, et pourtant. Les vieillards n’étaient pas aussi nombreux, mais étaient bien là.

On remarque même sur le graphique de cet article, qui présente la fréquence des personnes vivantes aux âges présentés en abscisse, que la longévité des chasseurs-cueilleurs rivalise avec celle de la Suède aux 18e siècles. En réalité, nous savons que l’espérance de vie au 17e siècle était probablement équivalente – ou très proche – de celle de nos ancêtres du paléolithique.

Les dangers supposés du jeûne intermittent ?

Le jeûne intermittent pourrait-il être une cause de la faible espérance de vie de nos ancêtres ? Si cela semble improbable au niveau des études paléoanthropologiques, que dit la science sur ce sujet ?

La science est loin, mais alors très loin, de mettre en avant un effet délétère du jeûne intermittent sur la santé, bien au contraire. Une synthèse récente, publiée en décembre 2019 dans le NEJM par Rafael de Cabo et Mark Mattson nous rappelle les nombreux bénéfices d’un jeûne intermittent, qui vont bien au-delà de la simple perte de poids.

Se passer de nourriture pendant 16 ou 18 heures permettrait à l’organisme de mieux réguler le glucose (sensibilité à l’insuline notamment, d’augmenter la résistance des cellules au stress et de tout simplement supprimer l’inflammation.

À lire : le dossier complet de Dur à Avaler (réservé aux abonnés) sur les bienfaits de l’exposition au froid pour lutter contre l’inflammation, le diabète, l’obésité et améliorer son système immunitaire.

Je suis donc désolé d’affirmer aujourd’hui à Jean-Philippe Zermati que le jeûne intermittent, ou la restriction horaire de prise de nourriture est quelque chose qui semble extrêmement bénéfique pour la santé humaine, plutôt que l’inverse.

Notre physiologie et nos processus biologiques ont en fait évolué dans le sens d’une prise alimentaire restreinte dans une plage horaire limitée, plutôt que nos trois repas par jour -voire quatre ! – qui sont plutôt des normes sociétales pour faciliter la vie en société (travail, école, etc.)

A lire : mon récit d’un jour de jeûne par semaine et celui de 3 jours !

Le régime de nos hommes préhistoriques pourrait être dangereux ?

Jean-Philippe Zermati ne le dit pas clairement, mais on pourrait aussi croire que le régime alimentaire de nos ancêtres pourrait être la conséquence de cette piètre espérance de vie. Pourquoi pas.

Mais de la même manière que pour le jeûne intermittent, l’alimentation traditionnelle de nos ancêtres principalement à base de produits riches en calories, bruts et naturels tels que des produits animaux, des oeufs, des tubercules, des fruits ou encore du miel est particulièrement adaptée à notre physiologie.

Aujourd’hui, le fameux régime paléolithique propose de mimer ce retour aux sources en évitant les produits industriels et transformés, mais aussi les produits laitiers, céréaliers et sucrés…

La science n’est pas aussi abondante sur le régime paléolithique que sur le jeûne intermittent, mais l’ensemble des données médicales est rassurant et tend à montrer une amélioration de nombreux paramètres biologiques, une perte de poids et de la taille, avec globalement une diminution de nombreux facteurs de risques cardiovasculaire (et non, les gourous qui défendent le régime paléo ne sont pas obèses !).

M. Zermati et son business « anti régime »

En fait, M. Zermati avec un collègue sont les rédacteurs d’un régime en ligne qui se base sur l’improductivité des régimes amaigrissants et propose une méthode pour maigrir sans régime.

On comprend mieux pourquoi M. Zermati est aussi catégorique contre le régime Dukan, le jeûne intermittent et tous les autres régimes amaigrissants.

D’ailleurs, Thierry Souccar vient de lancer une superbe guerre ouverte contre le site « no régime » qui propose une pétition adressée au ministre de la Santé afin d’interdire la prescription de régime amaigrissant par des médecins.

Si vous êtes assez courageux pour lire, l’attaque des uns et la réponse des autres, vous apprendrez que derrière cette pétition pour interdire les prescriptions des régimes amaigrissants cachent un commerce de coaching en ligne pour perdre du poids sans régime.

En bref, si vous souhaitez être informé correctement, lisez plutôt les articles de Dur à Avaler.

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29 commentaires
  1. Merci pour tes articles très intéressants!
    Concernant l’espèrance de vie je suis tombée dernièrement sur cet article :

    https://lebilan2.wordpress.com/2015/05/10/esperance-de-vie-en-baisse-pourquoi-les-francais-mourront-plus-tot/

    pas directement en lien avec l’alimentation, mais lorsque l’on prône comme indicateur absolu du bien être d’une société l’espérance de vie il est à mon sens important d’avoir des informations sur la réalité des chiffres à ce sujet… Et cet article ne décrit que la situation actuelle en France (et au Royaume-Uni) en prenant en compte le facteur travail. Quels seront les chiffres dans 15-30 ans, lorsque notre génération nourris à l’industriel et au chimique depuis la naissance atteindront 50-60 ans?

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